Une alliance anti-Brard (et pro-Montreuil ?)

La fusion entre les listes Front de gauche, EELV-citoyens et PS devrait élire le communiste Patrice Bessac à la mairie. Suffisant pour tourner la page des divisions et construire un projet collectif ?

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Dominique Voynet, en renonçant à se représenter à la mairie de Montreuil, avait enrichi ses explications d'une considération tactique : son geste coupait court au « tout sauf Voynet » qui s'annonçait pour la municipale, qu'il transformait en un « tout sauf le retour de Brard » . Ce qui s'est produit.

En attendant que les urnes livrent leur verdict dimanche, c'est bien sur cette justification que s'est construite la fusion entre les prétendants Patrice Bessac (communiste, Front de gauche, 18,8 %), Ibrahim Dufriche-Soilihi (EELV-citoyens, 15,3 %) et Razzy Hammadi (PS, 9,8 %), dont le total dépasse largement celui de Jean-Pierre Brard (ex-PC, 25,5 %), qui ne dispose pas de réservoir de voix autre que dans la mobilisation des abstentionnistes (48,8 %). L'ancien maire – vingt-quatre ans passés à la tête de Montreuil et plusieurs mandats de député –, caressait la perspective d'une revanche après avoir été détrôné en 2008 par Voynet. Il pourrait achever dimanche prochain sa carrière politique.

L'incertitude a longtemps plané sur l'allure du dénouement. Si tout le monde avait intégré que Brard serait en tête à l'issue du premier tour, il s'échafaudait de nombreuses hypothèses en fonction du reste du classement, et les moins improbables n'étaient pas invalides tant les dissensions ont été vives dans ce fief de gauche transformé en arène à ego depuis des années.

Brard sans voix

Cependant, à mesure que Bessac se détachait dans les sondages, parmi les « poursuivants », subsistaient deux grandes options. Un ralliement à sa « famille naturelle » (Brard) était plausible, et l'ancien maire lui a tendu une « main fraternelle » dès dimanche soir. Cependant, la courte avance de ce dernier ainsi que le bon résultat de Dufriche ont favorisé la voie du « non-retour en arrière, sans esprit de revanche » , comme l'a rapidement décrite Bessac dimanche soir. Lundi parvenait l'onction formelle du Colonel-Fabien : Pierre Laurent, patron du PCF, indiquait que son poulain avait « latitude pour des alliances permettant d'emporter la ville » .

Dufriche y était prêt. Razzy Hammadi, très déçu par son résultat (il se voyait maire), a néanmoins joué le jeu tout en se retirant personnellement de la liste de fusion (il lui reste son mandat de député).

L'avenir dira si le « renouveau » et la pacification de la vie politique montreuilloise, emballage obligé de la communication de Bessac, connaîtraient, en cas de victoire, une traduction concrète pendant les six ans du prochain mandat, ou si l'alliance FG-EELV-PS n'aura été que de circonstance.

C'est un Brard « sans voix » qui a critiqué « l'erreur d’évaluation » du Front de gauche ainsi que la « boulimie de pouvoir » (sic !) de Bessac (qui fut son directeur de campagne lors de la dernière législative, perdue).

Il manque une figure dans ce casting montreuillois : Mouna Viprey (socialiste, 10,9 %). Elle ne veut pas d'un retour des communistes à la mairie. En revanche, elle aurait tenté une manœuvre exotique : additionnant ses voix et celles d'Hammadi, elle revendiquait, au nom de cette comptabilité socialiste consolidée, arithmétiquement plus importante que le total de Bessac, la conduite de la liste de fusion !

Viprey, qui a fait sa campagne sur une déclinaison de préoccupations autocentrées (« mon école », « ma sécurité », « mon trottoir », « mon conservatoire », etc.), a donc déposé « sa » propre liste pour le second tour, une quadrangulaire à laquelle se mêle, en figurante, l'UMP Manon Laporte (16,7 %), seule liste de droite du premier tour.


Photo : Razzy Hammadi, Patrice Bessac et Ibrahim Dufriche-Soilihi / @IbrahimDufriche signent l'accord de fusion

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