Liêm Hoang Ngoc : « Il est urgent de changer de politique »

À la veille de la marche contre l’austérité, Liêm Hoang Ngoc, membre du bureau national du PS et député européen, explique les raisons de son opposition au pacte de responsabilité. Entretien.

Thierry Brun  • 11 avril 2014
Partager :
Liêm Hoang Ngoc : « Il est urgent de changer de politique »
© Crédit photo: Michel Soudais

Seul dirigeant socialiste à annoncer publiquement sa participation à la marche contre l’austérité pour l’égalité et le partage des richesses, organisée samedi à Paris à l’appel de 80 organisations politiques, syndicales et associatives, Liêm Hoang Ngoc est aussi un économiste bien connu de nos lecteurs.

Pourquoi critiquez-vous le pacte de responsabilité ?

Liêm Hoang Ngoc : Ce pacte est non seulement injuste socialement, mais aussi inefficace sur le plan économique. 30 milliards pour les profits, 50 milliards d’austérité budgétaire. Des coupes de cette ampleur ne réduiront pas seulement ce qui reste de la « mauvaise graisse » de l’État et des collectivités territoriales. Elles auront nécessairement des incidences sur la qualité de la protection sociale et les services publics. La baisse de 5 points de l’impôt sur les sociétés, prévue à moyen terme, me laisse perplexe. Les « politiques de l’offre » menées dans toute la zone euro ont tué la demande et amené l’Europe au bord de la déflation. La France devait montrer l’exemple et réorienter la construction européenne. Il devient urgent de changer de politique.

Le pacte de responsabilité comporte pourtant un volet solidarité…

La ré-indexation sur les prix du barème de l’impôt sur le revenu était déjà prévue. La réforme fiscale réclamée par de nombreux députés pour rendre le financement de la protection sociale plus juste n’aura pas lieu. Dans ces conditions, la baisse des cotisations salariales et patronales mettra à mal les comptes de la Sécurité sociale. Pour y faire face, Manuel Valls a d’ores et déjà prévu de réduire d’au moins 10 milliards les dépenses de santé et les prestations sociales. Ceci aboutira à une baisse du pouvoir d’achat des ménages.

« La rue doit maintenant se faire entendre »

Qu’attendez-vous du changement de premier secrétaire à la tête du PS ?

Il faudrait déjà consulter les militants, comme le prévoient les statuts. Mais ce n’est pas un problème de personne. Il faut un véritable débat d’orientation pour discuter de ce tournant idéologique majeur vers la « troisième voie », qu’avait jusqu’alors écartée le PS français. Une telle défaite électorale aurait dû conduire le PS à organiser un congrès extraordinaire. Malheureusement, les militants, désemparés, devront attendre au plus tôt septembre 2015…

Pourquoi avez-vous décidé de participer à la marche contre l’austérité ?

Le message des élections municipales n’a pas été entendu. Les électeurs de gauche se sont massivement abstenus car ils ne comprennent pas le virage à droite de celui qu’ils ont élu à la tête de l’exécutif. En guise de réponse, le président de la République a nommé le Premier ministre socialiste le plus à droite possible. Cent parlementaires ont bien tenté d’exprimer leurs doutes quant à la stratégie adoptée, mais le débat parlementaire trouve ses limites sous la Ve République dès lors que la majorité présidentielle ne souhaite pas provoquer une crise de régime. C’est pourquoi la rue doit maintenant se faire entendre, pour que l’exécutif change de politique avant qu’il ne soit trop tard.

Politique Économie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don !

Envie de soutenir le journal autrement qu’en vous abonnant ? Faites un don et déduisez-le de vos impôts ! Même quelques euros font la différence. Chaque soutien à la presse indépendante a du sens.

Faire Un Don