Ségolène Royal peut efficacement occuper le terrain déserté par les Verts grâce à sa maitrise des dossiers

Claude-Marie Vadrot  • 3 avril 2014
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Il est difficile de savoir à l’avance si, sur le nucléaire, le bio, l’arrêt des projets « voraces » en espace, la pollution des rivières, l’usage inconsidéré des pesticides, la biodiversité, la protection des espaces et des espèces, les énergies renouvelables, la transition énergétique, Ségolène Royal obtiendra des arbitrages favorables. Ce qui est certain, c’est que depuis longtemps, elle maitrise bien mieux la plupart des dossiers environnementaux que la majorité des Verts qui sont trop souvent, et depuis longtemps, les champions de l’écologie vue de la ville. Ils ont eu un jour raison, il y a une trentaine d’années, de faire de l’écologie une sujet et un objet politique ; mais progressivement beaucoup d’entre eux ont oublié que l’écologie n’est pas seulement une nouvelle idéologie aux faces multiples, mais une empathie ressentie envers la planète, le milieu naturel, envers ceux qui y vivent, parfois y survivent. Pas seulement un sujet et un objet de discours. Les Verts manquent de plus en plus de racines…

C’est peut-être pour cela qu’ils ont quitté le gouvernement, oubliant que l’écologie n’est pas seulement une démarche politique, mais aussi une sensibilité, une envie de vivre autrement et donc de s’en donner peu à peu les moyens, même pas à pas. Ce qui passe probablement, comme l’ont prouvé les Verts Allemands, par la participation aux pouvoirs ; parce qu’en matière d’environnement, le moindre progrès, la moindre avancée, la moindre espèce sauvée, la moindre parcelle de territoire épargné sont bonnes à prendre. En écologie, il n’existe pas de petites victoires. Sauf à devenir de nouveaux technocrates de l’environnement seulement comptables des voix et des lois.

Pour ce qui concerne la nouvelle ministre (enfin, pas vraiment nouvelle) pour avoir suivi sa carrière « environnementale » depuis le début des années 90, pour avoir souvent parlé avec elle, j’ai plutôt tendance à lui faire confiance et à penser qu’elle ne fera pas seulement de la figuration intelligente. Ne serait-ce que parce qu’elle a expérimenté, parce qu’elle a observé les expériences étrangères et qu’elle est sensible (quelle que soit sa motivation) à la vie et au fonctionnement du monde associatif de l’environnement et de la protection de la nature. Alors que les Verts, oubliant trop souvent qu’ils sont issus de ce milieu, ne les considèrent trop souvent que comme des outils, des moyens.

Reste un gros problème : Hollande, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il se moque totalement de l’écologie, ne la considérant, comme les Verts, que comme un objet et un sujet politique. Illustration : un jour de 2005 alors que le secrétaire du PS était en déplacement à Madrid pour soutenir la campagne référendaire (sur l’Europe) du premier ministre espagnol Zapatero, je me suis trouvé pour une journée, et plus particulière pendant un long déjeuner, avec François Hollande et Ségolène Royal. Reportage guère passionnant ; sauf qu’avec cette dernière, qui était en Espagne pour étudier les conditions techniques, sociales et économiques de l’utilisation des énergies renouvelables et notamment des éoliennes, nous avons longuement évoqué cette question et tout ce qui avait de prés ou de loin, un rapport avec l’écologie. Conversation intéressante et preuve supplémentaire de sa part qu’elle maitrisait les dossiers ; mais, pendant tout le déjeuner, relayé par quelques journalistes politiques courtisants qui s’esclaffaient bruyamment à chaque saillie de Hollande, le futur président s’est foutu de notre gueule, montrant qu’il n’y comprenait rien et qu’il ne connaissait de la nature que celle qu’il voyait du train le menant chaque week-end en Corrèze. Affligeant, désespérant de la part du responsable d’un grand parti. A sa décharge, je dois dire aussi avoir entendu une célèbre ministre de l’Ecologie qui vient de prendre sa retraite, expliquer à quelques journalistes qu’elle ne connaissait strictement rien aux questions de protection de la nature. Déjà une écolo sans racines…

Donc, le problème de Ségolène Royal ce sera Hollande le sceptique et Valls pour qui l’Ecologie est un gros mot. Mais il n’est pas interdit d’espérer…

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