« Reclaim »* nos trottoirs !

Christine Tréguier  • 14 mai 2014
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Les voitures électriques et leurs bornes de rechargement seraient-elles en train de coloniser l’espace public, qui plus est sans bourse délier ? Peut-être vous êtes-vous fait cette réflexion, le soir, en observant ces troupeaux d’animaux endormis, accrochés par un câble à leur piquet. Les bornes de rechargement des Autolib’ (Paris), Bluely (Lyon) ou Bluecub (Bordeaux) prennent en effet de plus en plus de place, au détriment des bords de trottoir et des emplacements de stationnement. Sur ce point, elles se substituent bien à la voiture. Mais la promesse de Bolloré, affirmant qu’elles allaient contribuer à faire baisser le nombre de moteurs à explosion polluant les villes, elle, n’est pas réalisée. Loin s’en faut. Une étude de la Ville de Paris, récemment divulguée, le confirme : 60 % des utilisateurs d’Autolib’ ne possèdent pas de voiture et un tiers seulement des automobilistes utilisateurs penseraient à revendre la leur.

Et l’envahissement de l’espace public n’est pas fini. L’État souhaitant passer d’environ 8 000 bornes aujourd’hui (dont 5 000 appartiennent à Bolloré) au double d’ici à la fin 2014. Soit, à raison de 4 mètres minimum par emplacement, quelque 64 km d’espace public. Les contrats étaient jusqu’ici librement passés entre les villes et l’opérateur. Le gouvernement a décidé d’accélérer en proposant une loi « facilitant le déploiement d’un réseau d’infrastructures de recharge de véhicules électriques sur l’espace public » . Elle fait partie d’un des 34 plans de la « Nouvelle France industrielle » d’Arnaud Montebourg. Le texte, voté en première lecture par l’Assemblée le 6 mai, prévoit que l’État ou un opérateur  «   peut implanter sur le domaine public des collectivités territoriales des infrastructures nécessaires à la recharge de véhicules électriques et de véhicules hybrides rechargeables sans être tenu au paiement d’une redevance   » , à condition que le projet touche plusieurs régions. L’article 2, concernant la compensation par l’État de la perte de recettes pour les collectivités territoriales, a quant à lui été supprimé.

Dans le collimateur du gouvernement, le développement de la voiture électrique pour soutenir l’industrie automobile française (en particulier Renault et Nissan), mâtiné de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de la dépendance aux combustibles fossiles, ainsi que la lutte contre la pollution atmosphérique locale. Le modèle de déploiement choisi est une forme de partenariat public privé (PPP), même si les collectivités resteront libres d’investir et seront dotées d’une enveloppe de 50 millions d’euros. «   Grâce à notre nouvelle loi , a expliqué le ministre de l’Économie au journal 20 Minutes , les bornes ne seront plus financées par la puissance publique, mais par l’opérateur. Il ira sur le territoire des communes, leur demandera s’il peut y implanter des infrastructures de recharge, financera ces équipements et se rémunérera sur leur usage… Cette stratégie nous évite de dépenser de l’argent public, nous sommes donc tous gagnants.   »

Du gagnant-gagnant ? Pas pour tout le monde. Les bénéfices iront clairement aux fabricants de véhicules électriques, et surtout à l’opérateur choisi. Bolloré, qui déclarait fin janvier : «  Nous sommes prêts à installer 15 000 bornes sur tout le territoire dans les deux ans  » est en lice, et EDF, avec qui il espérait une alliance, a choisi de faire équipe avec Renault-Nissan. Les propriétaires de voitures électriques des villes – les campagnes restant des zones grises non équipées en raison du peu d’autonomie de ces véhicules (150 km) –, eux, vont y gagner de payer 8 euros pour la charge de leur batterie (contre 1 euro sur une prise domestique). En bonus : un stationnement gratuit pendant 8 heures à condition de trouver une borne libre. Les automobilistes vont pester un peu plus contre le manque de places de stationnement et les piétons se demander pourquoi on brade sans conditions l’espace public pour des services privés et des intérêts qui ne sont pas les leurs.

L’Observatoire du nucléaire dénonce «  u ne loi “sur mesure” pour favoriser les industriels de la voiture électrique et du nucléaire   » , et déplore «   la dérive des “élites” du parti prétendu écologiste EELV, dont les députés ont voté la loi sur les bornes de recharge et soutiennent de fait les lobbies de l’automobile et du nucléaire   » . Et de rappeler qu’il a contraint les principaux constructeurs à reconnaître que les voitures électriques sont polluantes et à retirer de leurs publicités les mentions « propre », « vert » ou « écologique ». Une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), réalisée en novembre 2013, lui donne raison et conclut que ces véhicules ne sont pas la panacée pour limiter les émissions de GES. L’Observatoire souligne également qu’offrir l’argent et l’espace public aux industriels de la voiture électrique est injustifiable. Dans un communiqué, il explique que Renault et Bolloré «   profitent également de l’argent public au travers du bonus “écologique” de 6 300 euros pour l’achat, souvent accompagné d’aides régionales pouvant aller jusqu’à 5 000 euros : avec plus de 11 000 euros d’aides publiques, les voitures électriques seront bientôt offertes clé en main !  » .

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Une image en disant souvent plus, voici celle de la carte des stations Autolib’ en région parisienne

Illustration - « Reclaim »* nos trottoirs !

Et pendant ce temps-là…

Un jeune scientifique anglais lève des fonds sur Internet pour industrialiser son prototype de caleçon à 99,9 % étanche aux radiations émises par le Wi-Fi et les ondes des téléphones portables. Une armure de coton mêlé de fil d’argent pour protéger les roubignolles… À vot’ bon cœur m’sieurs-dames !https://www.indiegogo.com/projects/wireless-armour-men-s-underwear-protecting-your-health#home

{{Sur le Web}}

L’Observatoire contre les fabricants de voitures électriqueshttp://observ.nucleaire.free.fr/obs-contraint-bluecub.htm

Les constructeurs automobiles reconnaissent que l’auto électrique n’est ni « propre » ni « écologique »http://www.reporterre.net/spip.php?article4664

L’étude de l’Ademe sur le cycle de vie des voitures électriqueshttp://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?sort=-1&cid=96&m=3&id=90511&ref=&nocache=yes&p1=111

La mairie de Paris évoque son étudehttp://transports.blog.lemonde.fr/2013/03/26/on-a-rate-lobjectif-autolib-ne-supprime-pas-de-voitures

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