Eurosatory, supermarché de l’armement

Du 16 au 20 juin, les industriels de l’armement tiennent commerce au Salon international de défense et de sécurité terrestres, au nord de Paris.

Lena Bjurström  • 19 juin 2014
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Eurosatory, supermarché de l’armement

Un char écrase les chemins d’un village africain, survolé par un drone de surveillance. Dix mètres plus loin, des gendarmes en armure neutralisent des émeutiers dans un petit quartier de maisons colorées, rappelant vaguement l’Amérique latine. Mais celle-ci est loin. La scène a lieu au nord de Paris, dans un espace aménagé pour faire admirer les performances des nouveaux produits des industries d’armement et de sécurité.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

Du 16 au 20 juin, la guerre tient commerce au Parc des expositions. Eurosatory, le plus grand salon international de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, réunit industriels et militaires, marchands et acheteurs, « l’ensemble de la « supply chain » » comme le proclame avec fierté un communiqué. 1501 exposants y présentent leurs produits, espérant attirer l’œil des 160 délégations étrangères venues de 90 pays pour faire leurs courses dans l’hypermarché guerrier.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

Pour vendre ses produits aux 58 000 visiteurs, le Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (Gicat), coorganisateur du salon avec la direction générale de l’armement (DGA) et le ministère de la Défense, ne lésine pas sur les moyens.

Entre deux stands allemands, une petite foule observe, fascinée, les prouesses d’un hologramme. Un peu plus loin, un militaire français teste le viseur d’un fusil longue portée. Derrière les vitres des salles de réunion, installées au cœur des stands, on échange des poignées de main. Et partout, des hôtesses, perchées sur leurs talons, distribuent bonbons et flyers d’information.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

L’armement, un commerce lucratif

Sur près d’un tiers des stands, l’industrie française fait étalage de ses nouveautés. Le budget national de la Défense souffre peut-être, lui aussi, des restrictions budgétaires, mais le commerce d’armes « made in France » ne se porte pas si mal. Quatrième pays exportateur de matériel d’armement, la France s’appuie sur une demande toujours plus importante de l’Asie et du Moyen-Orient. En 2013, ces exportations ont rapporté plus de 6 milliards d’euros. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, espère voir ce chiffre grimper à 8 milliards en 2014.

Alors oui, les affaires se portent bien. Car n’en déplaise aux pacifistes, la guerre est un commerce qui rapporte gros. Qu’importe que les stands israéliens aient été un instant perturbés, mardi, par des militants de la cause palestinienne. À Eurosatory, le business reprend toujours le dessus. Et la sécurité s’assure que celui-ci ne soit pas longtemps perturbé.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

«Marchands d’armes, assassins !»

« On ne peut tout de même pas laisser la conscience de ces profiteurs de guerre tranquille ! » s’indigne Tristan. Militant de l’Union pacifiste, il est venu protester, mardi soir, devant l’Hôtel national des Invalides. Un gala y réunit les exposants et visiteurs officiels d’Eurosatory. Protégés par des barrières, les invités ignorent les banderoles colorées agitées de l’autre côté de la rue.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

Les manifestants, une soixantaine, n’iront pas plus loin que le rond-point à quelques mètres de l’entrée. La police s’empresse d’encercler la petite troupe et, rapidement, trois camions viennent cacher la vue. Mais si la police épargne aux invités la vision des anti-militaristes déchaînés, ne peuvent néanmoins leur échapper les slogans qui fusent. « Marchands d’armes, assassins ! » Elles ne sont peut-être pas nombreuses, mais les quelques personnes réunies à l’appel des Engraineurs, du Mouvement pour la paix, et d’autres collectifs s’époumonent.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

Un peu plus loin, des policiers tentent tant bien que mal de maîtriser les clowns de la BAC (Brigade activiste des clowns), vêtus pour l’occasion de costumes de reporters de guerre et de l’inévitable nez rouge. Ils brandissent des micros en papier d’alu sous le nez des militaires qui passent à leur portée, tentent de les suivre vers l’entrée, vite rattrapés par les policiers. « Mais monsieur, pourquoi nous on ne peut pas y aller ? » « Ça doit être parce qu’on a pas de képis. » « Ah oui ! »

Les tentatives d’interviewer les forces de l’ordre ne rencontrent pas plus de succès et très vite, ceux-ci les expédient manu vers le rond-point où ils sont accueillis sous les hourras des manifestants.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

Un militant s’allonge par terre pour la plus grande joie des clowns ( « Oh oui ! Un mort ! » ), qui se précipitent à son chevet. Cantonnée sur son rond-point, la petite troupe s’occupe comme elle peut, tandis que les derniers invités se pressent à l’entrée du gala.

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

« Nous sommes venus peu nombreux , regrette Tristan, mais ça reste important d’être là. On sait que l’impact de notre petite manifestation est mesuré et que, demain, Eurosatory rouvrira ses portes. Mais on ne peut pas leur laisser le champ libre complètement. »

Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis


Illustration - Eurosatory, supermarché de l’armement - Crédits : Lena Bjurström/Politis

Société
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