Le loup a gagné son difficile combat en France n’en déplaise aux esprits chagrins

Claude-Marie Vadrot  • 25 juin 2014
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Les chasseurs peuvent protester et les tuer subrepticement pour se réserver un nombre de proies palliant leur ignorance de plus en plus grande du milieu naturel, les hiérarques de la Fédération Nationale des Syndicats d’exploitants agricoles peuvent organiser des mini-manifestations, les militants de la Confédération Paysanne peuvent se tortiller maladroitement dans tous les sens pour ne pas se fâcher avec les Verts et les bergers peuvent continuer à confondre les conséquences des attaques de Canis lupus avec celle des importations d’agneaux congelés en provenance de Nouvelle Zélande en application d’une vieil accord conclu en réparation de l’attentat du Rainbow Warrior, le loup s’en fout royalement.

Les politiques peuvent s’obstiner à faire de l’animal un épouvantail électoral local et national en expliquant, au choix, qu’il a été déposé par hélicoptère dans le parc national du Mercantour ou bien amené d’Italie en camionnette par une directrice du même parc en 1992 (toutes choses entendues lors d’incroyables discours à l’assemblée nationale), le loup s’en fout royalement. Même lorsque les parlementaires organisent les manifestations des plus pauvres des bergers touchés par la crise de la filière ovine, le loup s’en moque royalement. Même si l’on sait –et on ne le dira jamais assez- que cette profession est de plus en plus difficile à exercer : non pas à cause de loup mais par la faute d’une PAC détournée par les céréaliers et surtout des milliers de chiens errants et de chiens de chasseurs échappant à leur surveillance qui « jouent » à affoler les troupeaux et à mordre, à blesser et à tuer des moutons dont la disparition n’est pas remboursée quand le loup n’est pas reconnu coupable. Les chiffres les plus… « optimistes » chiffrent ces dégâts provoqués par les chiens se montent à plus de 100 000 moutons par an, tous massifs montagneux confondus, contre 2541 en 2013 et 3744 en 2012.

Arrivé d’Italie en 1990 et repéré pour la première fois en 1992, le loup est officiellement présent, des Alpes au Jura en passant par les Cévennes et les Pyrénées, dans une trentaine de départements. Toujours officiellement, alors que 13 d’entre eux, dont 7 à la suite de battues légales, ont été abattus en 2013 et bien d’autres discrètement et illégalement estourbis, ils seraient actuellement 250 sur le territoire français, tous descendant des premiers arrivés d’Italie. En réalité, d’après les indices relevés par les spécialistes, ils seraient plutôt autour de 375 et plus probablement autour de 400. Soit solitaires, soit en petites « meute » (le vieux fantasme) de 5 à 6 individus en comptant les louveteaux.

Conclusion ? En dépit de tous ses adversaires répertoriés plus haut, en dépit de l’attentisme des pouvoirs publics et malgré l’horreur et de la peur du « sauvage » qui caractérise une partie de la population française qui n’apprécie la nature que dans les parcs urbains bien tondus ou les aires d’autoroute, le loup a gagné la partie et le droit à la survie. Comme espèce sauvage et régulateur indispensable d’une faune herbivore qui bouffe les forêts et les espaces cultivés.

Donc, grâce à son intelligence et à sa connaissance du territoire, par ce qu’il existe des espaces où l’humain ne met plus jamais les pieds, le Canis Lupus , a gagné son combat. Comme en Italie et en Espagne il y a des années.

Alors vive le loup…

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