Divin Pauvert (À flux détendu)

L’un des hauts faits de l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, mort samedi à 88 ans, a été de publier l’œuvre intégrale de Sade quand celle-ci était interdite.

Christophe Kantcheff  • 2 octobre 2014
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Divin Pauvert (À flux détendu)

À l’heure où un philosophe de plateaux télé s’en prend avec ses gros doigts à Sade, celui qui a permis sa relecture en France s’éclipse. L’un des hauts faits de l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, mort samedi à 88 ans, a été en effet de publier l’œuvre intégrale de Donatien de Sade quand celle-ci était interdite, au lendemain de la Libération. Sade était pour Pauvert un auteur inépuisable, jusque dans les dernières années de sa vie, où il songeait à ce que fut la solitude de l’anticonformiste, embastillé avant de finir ses jours à l’asile d’aliénés de Charenton. Embastillé, Jean-Jacques Pauvert ne le fut point (sauf pendant trois mois, sous l’Occupation, pour avoir servi de courrier à la Résistance), même s’il fut traîné en justice et suspendu de ses droits civiques. Mais anticonformiste, certainement.

Rétif à l’engagement « obligatoire » tel que le concevait Sartre, amateur passionné de littérature érotique au point d’avoir publié une Anthologie historique des lectures érotiques en 5 volumes, Jean-Jacques Pauvert avait constitué un catalogue hétéroclite, où figuraient de grands noms et de plus petits. À côté de ceux de Bataille, Vian ou Genet, un pseudonyme, Pauline Réage (en réalité Dominique Aury), pour un livre qui eut un immense retentissement – sans aucun succès commercial – en même temps qu’il fut interdit à la vente aux mineurs : Histoire d’O. Publier une telle littérature ne lui valait le soutien d’aucun camp, ni à droite ni à gauche. Pourtant, le combat de Pauvert était bien celui des libertés contre toutes les censures. Quand il s’est mis à publier Sade, les flics de la Mondaine ou les juges d’instruction lui disaient: « Vous rendez-vous compte que vous démoralisez les femmes, les débiles mentaux et la jeunesse ? » Aujourd’hui, ce sont les bateleurs médiatiques qui nous démoralisent, répétant à l’envi que le divin marquis était un affreux personnage. Jean-Jacques Pauvert va nous manquer terriblement.

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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