Migrants : une rafle de l’ombre ?

Au lendemain des discours humanistes européens sur le triste anniversaire de Lampedusa d’octobre 2013, un coup de filet est lancé par les Etats membres pour traquer les sans-papiers.

Lou-Eve Popper  • 15 octobre 2014
Partager :
Migrants : une rafle de l’ombre ?
© Photo : Matthew Mirabelli / AFP

Officiellement, l’objectif est , pendant la période du 13 au 26 octobre, de porter un grand coup aux groupes criminels qui facilitent l’immigration illégale. «Mos Maiorum», cette opération de police à l’échelle européenne doit se faire en associant Europol, chargée de lutter contre la criminalité transfrontalière et Frontex. Elle doit se traduire par des interpellations de migrants en situation irrégulière, afin de recueillir des informations sur les réseaux criminels.

Pour la Cimade, association de solidarité envers les sans-papiers, l’objectif de démantèlement des réseaux de passeurs en cache un autre, celui de l’interpellation massive de personnes en situation irrégulière. L’association s’interroge sur le cadre légal de cette opération : comment récupérer ces informations puisque le délit de faciès est interdit par l’Union Européenne ? Et que vont devenir les personnes interpellées ?

La Cimade s’inquiète aussi de l’avenir des données récoltées. En effet, les Etats membres qui participent sont censés recueillir le plus de données possibles sur les migrants : âge, sexe, nationalité, lieu et date d’entrée, routes utilisées.

C’est d’autant plus inquiétant que la CNIL ne peut pas intervenir puisque c’est l’Italie qui coordonne cette opération européenne, sauf dans le cas, rarissime, où un migrant porterait plainte. Mais il faudrait alors que la CNIL interpelle à son tour son homologue italienne et c’est là que le circuit de ces informations se complique, puisqu’Europol pourrait entre temps avoir récupéré les données.

Toute une opération au nez et à la barbe des médias et des députés européens. Car ce type d’opération se fait dans la plus grande opacité. «Mos Maiorum» n’est que la première dont on ait eu connaissance avant son lancement.

A l’origine, c’est l’ONG britannique Statewatch qui a réussi à obtenir un document officiel du Conseil de l’Union européenne datant du 10 juillet 2014, détaillant les objectifs et les modalités de ce vaste coup de filet.

Contactés par la Cimade, des eurodéputés de la Commission «Libertés civiles, justice et affaires intérieures» ont déclaré ne pas avoir été mis au courant de cette opération. Même chose pour les parlementaires français.

En matière de politique migratoire, l’Europe semble jouer la carte de l’opacité.

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien