« Charlie » ou la politique du rire

Charlie Hebdo, c’est trente-cinq années d’irrévérence et d’impertinence. C’est aussi un certain nombre de polémiques, du soutien à l’intervention militaire en Irak à la publication des caricatures de Mahomet.

Jean-Claude Renard  • 15 janvier 2015 abonné·es
« Charlie » ou la politique du rire

Né de la censure : tel est le paradoxe de Charlie Hebdo, héritier d’ Hara Kiri, fondé en 1960 et frappé d’interdiction dix ans plus tard. En tête de pont, un certain Georges Bernier, dit le professeur Choron, empruntant tout simplement son pseudo à la rue du IXe arrondissement parisien où est installé Hara Kiri, qu’il fonde avec un complice, François Cavanna. Le premier en est directeur de la publication, le second rédacteur en chef. Autour, bruissent quelques agités du bocal. Topor, Fred, Reiser, Wolinski, Cabu, Gébé…

Libertaire, « bête et méchant », le journal se veut irrévérencieux, insolent et impertinent. Un journal au ton satirique, tirant sur tout ce qui bouge, l’armée et la religion comme cibles de choix, le pouvoir et ses acolytes en cette période gaulliste, prude et conservatrice. Dès 1961, il est victime de la censure à la suite de dessins de Fred et Topor jugés « morbides ». Cinq ans plus tard, il est de nouveau interdit pendant huit mois. En 1969, le mensuel se complète d’un hebdomadaire. Puis tombe ce fameux titre, en novembre 1970, quand meurt le général de Gaulle : « Bal tragique à Colombey : 1 mort », mêlant la disparition du fondateur de la Ve République à l’incendie d’une discothèque qui, dix jours plus tôt, a coûté la vie à 146 personnes. Dans cette France qui pleure son général, ça ne plaît pas du tout. Ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin fait interdire Hara Kiri.

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Société
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