Des « Cahiers » vibrants (« À flux détendu »)

Les Cahiers du cinéma ont consacré huit pages aux attentats de Charlie Hebdo .

Christophe Kantcheff  • 12 février 2015
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Des « Cahiers » vibrants (« À flux détendu »)

Quelle n’a pas été ma satisfaction quand, ouvrant le numéro de février des Cahiers du cinéma , j’ai constaté que les attentats du début de l’année y avaient bousculé l’habituel ordonnancement rédactionnel. Et avec quel souffle, quelle rage, quelle détermination à ne pas laisser de zone de non-dit sur les événements tragiques qui venaient de se dérouler, quelques jours avant le bouclage du mensuel ! Huit pages y sont consacrées, dont l’éditorial du rédacteur en chef, Stéphane Delorme, beaucoup plus développé qu’à l’ordinaire. On y trouve les sentiments d’indignation et d’horreur face au sang versé et une intime solidarité, voire un processus d’identification, avec la rédaction décimée de Charlie Hebdo. Mais il y a bien plus que cela. Stéphane Delorme tente de prendre toute la mesure de ces événements, d’analyser dans quel climat ils ont eu lieu et ce que la riposte du 11 janvier, la marche républicaine, a signifié. Il se montre particulièrement attentif aux images, aux signes, aux symboles, ce qui n’est guère étonnant de la part d’un critique de cinéma. Au discours médiatique également. Son édito est d’ailleurs suivi par une substantielle déconstruction, intransigeante et enlevée, de la couverture des attentats en direct par les chaînes de télé, signée Jean-Philippe Tessé. Certains reprocheront peut-être aux Cahiers d’oublier les rapports sociaux et de se placer avant tout sur le plan des valeurs ou, mieux, des idées. « Si Charlie pouvait faire comprendre une fois pour toutes que l’époque a besoin de courage et de conviction, et que c’en est fini de la veulerie, ce sera au moins ça », écrit Delorme. Mais, au-delà des accords et désaccords avec ce qui est exprimé, il faut saluer ces pages vibrantes, qui rappellent opportunément que le cinéma engage à une vision du monde. L’allant avec laquelle celle-ci est ici exprimée témoigne de la vitalité d’une revue pour qui le regard cinéphile reste une affaire de morale.

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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