Vive Avi Mograbi ! (« À flux détendu »)

Le cinéaste israélien est à la fête ces jours-ci à Paris.

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C’est en France qu’il a son plus grand public et non dans son pays, en Israël, où les documentaires sont mal distribués. Et c’est à Paris, en toute logique, qu’on a décidé de lui dérouler le tapis rouge. Avi Mograbi, ces jours-ci, est à la fête. Au Jeu de Paume, on peut voir jusqu’au 31 mars l’intégrale de ses films, agrémentée de plusieurs entretiens en sa présence, tandis que la Maison des métallos accueille jusqu’au 5 avril une de ses installations, Avi Mograbi, The Details, puisque le cinéaste se double d’un artiste, créant des espaces d’images et de sons à partir de son œuvre documentaire. Ce n’est pas tout : Epicentre sort un coffret de 4 DVD contenant tous ses films, y compris les courts métrages, alors qu’un passionnant livre d’entretiens avec le critique Eugenio Renzi paraît aux Prairies ordinaires (168 p., 16 euros) sous le titre à l’ironie toute mograbienne : Mon Occupation préférée. Est-ce trop ? Pas du tout. Si aujourd’hui Avi Mograbi est honoré en France, et invité dans tous les festivals internationaux, c’est parce qu’il est devenu un documentariste de grande envergure. Défenseur radical de la cause palestinienne, Avi Mograbi réalise des films hautement politiques sans pour autant jamais réduire le cinéma à un outil de dénonciation. Comme il le dit dans Mon Occupation préférée, ses films s’ancrent dans des « doutes ». Puis, qu’il s’agisse de Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon, de Z 32 ou de Dans un jardin je suis entré, il exploite les possibilités formelles du cinéma pour montrer que le Mal ne s’envisage jamais sans complexité, ou rêver de manière désenchantée à un passé plus ou moins imaginaire où juifs et Arabes s’entendaient. Avi Mograbi explore le réel à partir de lui-même, conscient que son point de vue procède d’une construction et fabrique de la fiction. Avi Mograbi est un immense cinéaste, qui allie le tragique au burlesque. Vive lui !


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