Christian Paul, frondeur tout en rondeur

Qui est Christian Paul, ce député frondeur choisi par l’aile gauche du PS pour la représenter au congrès de Poitiers ?

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Il n’est pas le genre à avoir le couteau entre les dents. C’est précisément pour cela que Christian Paul a été choisi. Après des semaines de réflexion et de tractations, l’aile gauche du PS a, mardi soir, fait sortir la fumée blanche de sa dernière réunion avant le dépôt des motions. Et là, surprise sur le casting. Ce n’est ni Martine Aubry, ni Benoît Hamon, ni Emmanuel Maurel qui ont été désignés pour conduire la motion des frondeurs au prochain congrès du PS. Mais un quasi inconnu : Christian Paul, 54 ans, député de la Nièvre. Et des allures d’élève sage quand on attendait un sniper anti Hollande…
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« Pas un tueur »

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L’homme a, comme on dit, les qualités de ses défauts. Ou plutôt, des qualités qui, vues du PS, peuvent s’avérer de vrais handicaps. « C’est quelqu’un de sympathique, de plutôt sain, de plutôt intello » , dit de lui Sylvain Mathieu, autre Nivernais propulsé sur le devant de la scène par l’aile gauche qui en avait fait son candidat lors du simulacre d’élection de Jean-Christophe Cambadélis à la tête du parti en avril 2014. « Même s’il n’oublie pas sa carrière , ajoute le premier fédéral de la Nièvre, il n’est pas un tordu, c’est pas un tueur » . Reste à savoir s’il fera le poids face au premier secrétaire actuel, réputé sans scrupule et prompt aux petits arrangements, auquel il va devoir faire face jusqu’au congrès de Poitiers…

On en n’était pas encore à ces considérations, en début de semaine, à l’aile gauche du PS. Car il fallait d’abord dénicher le plus petit « dénominateur commun » entre les multiples factions qui la composent. « Vu l’état de nos divisions , décrypte un membre du collectif Vive la gauche, c’est déjà un exploit qu’on ait réussi à présenter une motion commune, et un autre exploit qu’on ait réussi à se mettre d’accord sur un nom ! »

Réussissant la prouesse d’être apprécié des « hamonistes » d'Un monde d’avance comme des proches de Gérard Filoche, mais aussi, last but not least , des Aubryistes, dont il fait partie depuis 2008, Christian Paul s’est donc imposé comme l’homme du consensus. « Christian, c’est un point de rencontre qui permet de dépasser l’aile gauche , explique Pouria Amirshahi, l’un des principaux animateurs de la fronde parlementaire. On l’a choisi aussi pour ça : parce qu’il n’est pas classé à la gauche du parti. C’est un signal donné aux soutiens d’Aubry et au centre du parti » . « Ainsi, on coupe l’herbe sous le pied de Cambadélis dont la stratégie est de nous cantonner dans un rôle d’“irresponsables” » , ajoute Philippe Noguès, député frondeur du Morbihan.

### Un homme constant

Autre avantage, et non des moindres, de cet ancien énarque né à Clermont-Ferrand et retourné vivre dans la Nièvre après ses années d’études à Paris : sa discrétion. « Ils sont venus le chercher parce qu’il était un danger pour personne » , grince un socialiste. Manière de dire que l’ancien secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer dans le gouvernement Jospin est suffisamment courageux pour aller prendre les coups au congrès… mais heureusement pour les ténors de l’aile gauche, pas assez charismatique pour leur piquer la place.

C’est que Christian Paul possède une vertu devenue rare au PS : la constance. Ancien homme de l’ombre du Nouveau parti socialiste (NPS), ce militant acharné de la rénovation (contre le cumul des mandats, pour la parité et le rajeunissement) refuse de rallier la synthèse du Congrès du Mans en 2005, et fonde avec Arnaud Montebourg le courant « Rénover maintenant ». « Dix ans plus tard, le voilà qui ressuscite le NPS, cette fois dans la lumière » , s’emballe Sylvain Mathieu, son ancien camarade du mouvement.

Entre temps, Christian Paul n’a pas cherché l’attention des médias pour se spécialiser sur les questions numériques et les nouvelles technologies. Ou pour soutenir ses camarades dans leur défense des Roms ou leur lutte contre la loi sur le renseignement. Sans être du club des 17 qui votèrent contre le traité européen en octobre 2012, l’élu de la Nièvre a rejoint, l’an dernier, le noyau dur des députés qui ont maille à partir avec le surveillant général des socialistes du Palais Bourbon, Bruno Le Roux. Jusqu’à devenir l’un des fers de lance des « contre » la loi Macron qui pousseront le gouvernement à dégainer le 49-3…

_ « Malgré son côté un peu rond, qui a toujours tendance à pondérer, il fait passer ses messages » , estime Philippe Noguès, qui fait remarquer que cet aubryste a délibérément choisi de ne pas suivre son mentor, ralliée bon gré mal gré à la motion de Cambadélis. On imagine bien que la maire de Lille lui a donné en sous main son accord pour mener la fronde.


Photo : XAVIER LEOTY / AFP

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