Grèce : remaniement autour de Varoufakis, Tsipras optimiste

Malgré l'urgence, l'UE et le FMI n'ont pas levé leur pression sur Athènes. Les quinze prochains jours seront cruciaux.

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Après deux mois de négociations et 4 versions successives du plan de redressement, UE et FMI continuent d’exiger des contreparties drastiques au versement de son aide financière à la Grèce.

Le point sur la situation. Article mis à jour mercredi 29 avril à 15 h.

  • Remaniement dans l'équipe de négociation

Athènes annonçait lundi dans un communiqué la « réorganisation » des équipes de négociation. Le ministre adjoint des Affaires étrangères chargé des relations économiques internationales, Euclides Tsakalotos, devient notamment coordinateur de l’équipe d’experts.

Lire > Grèce : le message très ferme du nouveau "conciliateur"

Yanis Varoufakis, ministre grec des Finances, reste «superviseur» de l’équipe, mais cette réorganisation est une réponse aux critiques dont il fait l'objet. La rengaine de l'UE et du FMI contre les projets de Syriza s’est en effet cristallisée contre son ministre emblématique, lors de la réunion de l'Eurogroupe, vendredi à Riga (Lettonie).

Yanis Varoufakis tweetait dimanche une citation de Franklin D. Roosevelt, prononcée en 1936 quand l'ancien président américain livrait le combat contre les intérêts financiers :
« “ Ils sont unanimes dans leur haine contre moi. Et leur haine me réjouit”.  C'est une citation proche de mon coeur (et de la réalité) ces jours-ci. »

Dans un communiqué publié ce mercredi, Athènes précise que Yanis Varoufakis n'a pas été mis à l’écart de l’équipe de négociation grecque sur demande de l’Eurogroup. Il présidait d'ailleurs ce mercredi matin une réunion du groupe de négociation grec.

Yanis Varoufakis. - ARIS MESSINIS / AFP

  • Fin des secrets de polichinelle

La Grèce doit rassurer les marchés en affirmant qu’elle est en mesure d’honorer ses créances. L’Union européenne doit faire de même en affirmant que la sortie grecque de la zone euro n’est pas une option envisagée.

C’est le jeu de dupes qu’entretiennent les deux parties depuis le début des négociations. Il a changé de nature ces derniers jours avec des fuites européennes sur des travaux en sous-main, envisageant une sortie grecque de l’Euro.

« Si un politique responsable répond oui à [la] question [d’une probabilité de sortie de la Grèce de l’Euro] , nous savons ce qui va se passer, s’il répond non, vous ne me croirez pas », répondait le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dimanche 26 avril.

Le président de l’Eurogroupe nie catégoriquement, mais personne n’est dupe, vu l’urgence de la situation et le maintient d’une position de principe côté européen.

Yanis Varoufakis prévenait, vendredi, qu'une telle option était envisagée :
« Quand je dis que nous allons finir par quitter la zone euro si nous devons accepter plus d'austérité insoutenable, ce n'est pas du bluff » , affirmait le ministre des Finances grec.

  • Alexis Tsipras espère un accord dans la semaine

La Grèce et Bruxelles semblent proches d'un accord pour le déblocage du versement de la dernière tranche de prêts de 7,2 milliards d'euros, suite à plusieurs renoncements de la Grèce. « Notre objectif est de trouver un premier accord cette semaine si possible, ou la semaine prochaine au plus tard » , a déclaré Alexis Tsipras lors d'une interview dans la nuit de lundi à mardi à la chaîne de télévision grecque Star TV.

Il met en avant une série de propositions :
-# Repousser la hausse du salaire minimum à juin 2016; c'était une promesse électorale phare.
-# Baisser les retraites complémentaires les plus élevées.
-# Reporter le versement d'un 13e mois de pension aux retraités touchant plus de 700 euros par mois.
-# Taxer les voyages de luxe sur les îles.
-# Allouer une partie des recettes des futures privatisations au remboursement de la dette.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et Alexis Tsipras. - EMMANUEL DUNAND / AFP

  • Le dogmatisme européen contredit par les chiffres

Syriza ne peut pas être accusé d’avoir minoré ses efforts. Sur les quatre premiers mois de mandat, il a réduit les dépenses de 4,9 %1. Il améliore aussi son excédent primaire, budget de l’État avant le paiement de la dette (de 1,54 milliard sur les premiers mois de 2014 à 1,73 milliard en 2015).

Le poids de sa dette, lui, a été multiplié par 92 en raison du report de plusieurs paiements du fait de la situation financière du pays.

Preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que le bras de fer qui se joue entre la Grèce et ses créanciers est avant tout une question politique. 

  • Remous à la Vouli, face au « mur de la dette »

Le Parlement grec s’est déchiré la semaine dernière sur une proposition de décret obligeant toutes les collectivités locales et quelque 1 400 organismes publics (hôpitaux, universités, etc.) à prêter leurs réserves d’argent à la banque centrale. L’enjeu : éviter le défaut de paiement face au « mur de la dette » qui se présente face à Athènes d’ici au mois de juin, en puisant des liquidités partout où c’est possible.

La Grèce doit trouver 3 milliards d’euros pour la seule première quinzaine de mai.

Le décret a été voté vendredi 24 avril avec les seules voix de la majorité gouvernementale (Syriza et Anel). 

  • Première privatisation pour le gouvernement Tsipras

Sous la pression de l’UE et du FMI, et après hésitation, Athènes a bouclé vendredi 24 avril la privatisation des droits des paris hippiques, lancée par le gouvernement précédent, en les cédant pour vingt ans à une filiale de la société greco-tchèque de paris sportifs OPAP.


  1. 12,52 milliards d’euros en 2015 contre 13,17 milliards sur la même période en 2014 selon latribune.fr  

  2. de 0,25 milliard en 2014 à 2,24 depuis le début de l’année 2015, toujours selon latribune.fr 


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