Protestations contre la multiplication des fermes usines dans l'Ouest

Mobilisation, samedi en Vendée, contre un projet de porcherie géante. Un cas symptomatique d’une tendance de fond de l’élevage en France.

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1000 vaches et 250 000 poules dans la Somme, 2200 bovins en Picardie… Les ambitions des projets de fermes-usines qui voient le jour partout en France ne surprennent (presque) plus.

Théâtre récent de cette course au gigantisme : Poiroux, en Vendée, à une trentaine de kilomètres des Sables-d’Olonne. Une maternité porcine de 4 200 m2 est en train de sortir de terre. 890 truies mettront bas 440 porcelets par semaine. Jusqu'à 23 000 porcelets par an.

Ces proportions ne sont pas rares hors de Vendée. Elles sont même souvent dépassées en Bretagne. Le dernier recensement agricole dénombrait 280 élevages de plus de 500 truies en 2010. Un cinquième du porc produit en France sort de ces immenses élevages. Mais le fiasco breton des algues vertes, qui prolifèrent dans des eaux riches en nitrates charriés par l’épandage du lisier de porc, a accéléré le réveil citoyen. Samedi, les opposants au projet se réunissent aux Sables-d’Olonne pour tenter de durcir le ton.

À Poiroux, le projet lancé en 2009 a rencontré l’opposition du conseil municipal et l’enquête publique de la préfecture avait conclu sur un avis défavorable, en 2010, tant les craintes de la population étaient fortes pour la pollution des eaux. Le conseil départemental de l’environnement (Coderst) chargé de se prononcer pour la préfecture de Vendée a remis un avis négatif en mai 2010. « C’est un petit territoire d’une quinzaine de kilomètres carré en bord de mer et les cours d’eau sont déjà dans un état médiocre, explique Jacques Butel, expert au Coderst et président de l’association Terre et rivière, engagée contre le projet. Nous craignons qu’ils ne se dégradent encore et viennent polluer les marais d’Olonne et de Talmont, ce qui impacterait les activités d’ostréiculture et le tourisme en cas de prolifération des algues vertes. »

Une mobilisation citoyenne s’est aussi organisée autour de trois associations écologistes locales 1. Elles redoutent la contamination des sols et de l’eau (7 sources démarrent selon elles à proximité du site) et la prolifération des algues vertes.

Industrialisation de l’élevage

La Confédération paysanne est aussi de la mobilisation , avec une catégorie d’arguments légèrement différente. L’augmentation du volume de production est un piège économique, juge l’organisation, dans un contexte de forte crise de surproduction pour la filière porcine. Il crée peu d’emploi - 4 annoncé à Poiroux, soit deux fois moins que nécessaires pour une production équivalente dans des petites exploitations selon les chiffres du syndicat paysan. Et ce modèle enferme l’élevage dans un schéma extensif qui tire les prix vers le bas. « Cela ne rapporte rien aux agriculteurs, regrette Michel Jolly, porte-parole de la Confédération paysanne en Vendée. Alors même que les consommateurs sont de plus en plus en recherche de qualité ».

Autre caractéristique relativement nouvelle dans le cas de la ferme-usine de Poiloux : le montage financier. L’agriculteur n’apporte que 5 % des 340 000 euros du capital de la société qui porte le projet (lire les statuts publiés par Reporterre). Le reste est emprunté par plusieurs sociétés. Sofiprotéol, récemment rebaptisée Avril, est ainsi présent par l’intermédiaire d’une filiale, la SARL Kerloann. La multinationale française, dirigée depuis 15 ans par Xavier Beulin, président de la FNSEA le principal syndicat d’agriculteur, investit dans les médicaments pour bétail, de la nourriture et l’abattage.

« Nous n’avons pas peur de ce type de projet s’ils viennent d’agriculteurs qui se regroupent , précise Michel Jolly. Mais avec un tel montage financier, nous craignons une perte d’identité de l’agriculture et une perte de contrôle des agriculteurs eux-mêmes. L’industrialisation de l’élevage est une dérive dangereuse. »

D’autant que les éleveurs craignent de voir s’écrouler leur filière. Une réunion de crise s’est tenue ce mardi au ministère de l’Agriculture pour tenter de contenir la baisse des prix et, en conséquence, des salaires pour les éleveurs.

Comment expliquer alors l’intérêt d’un industriel comme Sofiprotéol-Avril dans ce type de ferme-usine ? « Dans les très grandes exploitations, la marge est réalisée par l’industrie agro alimentaire [qui, elle, se porte bien]. L’intérêt de Sofiprotéol est de vendre ses céréales aux éleveurs. Pour que son marché se maintienne, il faut des exploitations qui consomment » , explique Michel Joly. Peu importe donc si la hausse des volumes de production s’accompagne d’une perte de ressource pour les éleveurs.

Travaux en cours

Cette opposition n’a pas réussi à freiner le projet. Le tribunal administratif a jugé les conclusions de la préfecture insuffisamment argumentées et lui a ordonné de publier une autorisation d’exploitation. Chose faite en novembre 2013, après dépassement du délai de deux mois prévu pour faire appel. De son côté, la municipalité de Poiroux a changé d’avis après le renouvellement partiel de son équipe aux élections municipales. Un avis favorable a été voté à l’unanimité moins deux voix et le permis de construire a été délivré le 19 juin 2014. « Ce projet n’est pas une “usine“, juge Francis Chusseau, adjoint à la mairie de Poiroux. Nous serons vigilants sur l’épandage et pour empêcher d’autres porcheries de s’installer sur la commune, mais nous n’avions pas de raisons de nous y opposer. »

Les travaux de fondation sont en cours et pourraient être terminés avant la fin de l’année. Avant que soit jugé le recours du collectif d’opposants contre l’autorisation d’exploitation. Recours non suspensif, car le tribunal administratif n’a pas reconnu l’urgence de leur requête.

Boycott des huiles Lesieur

Les opposants veulent donc accentuer la mobilisation. Samedi lors de la manifestation et avec des moyens nouveaux. Ils évoquent notamment la possibilité de lancer un boycott des marques du groupe Sofiprotéol-Avril, notamment les huiles Lesieur. L’hypothèse d’une occupation du chantier est encore minoritaire au sein du collectif d’opposants. La confédération paysanne tient à ce que la mobilisation reste « pacifique » et se garde bien de braquer les uns contre les autres et d’avoir l’air de ranger les éleveurs dans le même sac que les industriels qui soutiennent ces projets.

Ils sont aussi mobilisés contre un autre projet d’extension d’un élevage porcin, à 100 km de là, dans la commune de Saint-Symphorien (Gironde). L’exploitation de 7.655 animaux doit être étendue à 12.000 et les surfaces d’épandage doivent être augmentées. Une pétition a déjà recueilli 45.600 signatures.

Illustration - Protestations contre la multiplication des fermes usines dans l'Ouest - Une truie et son petit, le 16 septembre 2001 sur la plage de la Granville à Hillion près de Saint-Brieuc, en marge d'un rassemblement contre la prolifération des algues vertes consécutive à la pollution des eaux par les nitrates. AFP PHOTO FRED TANNEAU

  • Les projets de ce type se sont multipliés :

-* La ferme des 1000 vaches, dans la Somme, a débuté sa production en septembre 2014 sur fond de procès de 9 militants de la Confédération paysanne. Condamnés en octobre 2014 à des peines de deux à cinq mois de prison avec sursis, ils ont fait appel.

-* Un projet d’exploitation laitière de 890 bovins et 1300 chèvres à Monts, au sud de Tours

-* 250 000 poules dans la Somme

En 2013, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a rehaussé le seuil de production obligeant un éleveur à demander une autorisation préfectorale pour l’ouverture d’un élevage. En dessous d’une capacité de 2000 porcs (contre 450 auparavant) aucune enquête publique n’est obligatoire. Les associations perdent un moyen crucial de s’informer sur les projets.

La confédération paysanne a répertorié les projets de ferme-usine en France métropolitaine :


  1. Association de Vigilance environnementale, Terres et Rivières et la Fédération écocitoyenne de Vendée 


Photo: JEAN-PIERRE MULLER / AFP

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