Cannes sous l’écume (« À flux détendu »)

Sous l’écume pailletée et nauséeuse, Cannes offre d’infinis moments secrets et silencieux de confrontation avec des films.

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Si je n’allais pas au Festival de Cannes, je crois que je n’aurais pas envie d’y aller. L’hystérie médiatique que cette manifestation déclenche aurait tendance à me refroidir. Cela commence dès le mois de janvier : l’annonce de l’identité de la personnalité qui présidera le jury de la compétition officielle remplit, à elle seule, des pages de journaux et de sites. Cette année, pour la première fois, ils sont deux : les frères Coen. C’est original, mais pas bouleversant non plus. La conférence de presse au cours de laquelle la liste des films sélectionnés dans les différentes sections de l’« officielle », qui s’est tenue le 16 avril, a, elle, donné lieu à un spectacle curieux : à côté de Thierry Frémaux, le délégué général, le nouveau président du festival, Pierre Lescure, remplaçant Gilles Jacob, a prononcé son tout premier discours ès qualités en citant, bille en tête, l’intégralité des sponsors privés et en s’arrêtant longuement sur chacun. Merci les champagnes trucmuche, les cartes de crédit machin et les bijoux-bijoux, ces « partenaires essentiels » qui font de Cannes « le plus grand festival de cinéma au monde ». L’excitation médiatique, les trompettes consuméristes et l’ostentation de l’argent : pas engageant, n’est-ce pas ? Et pourtant, sous l’écume pailletée et nauséeuse, Cannes offre d’infinis moments secrets et silencieux de confrontation avec des films, montrés dans des conditions techniques optimales, qui s’entrechoquent, s’interpellent, se répondent. Cannes est une occasion irremplaçable pour repenser le spectateur que l’on est, pour réinterroger la qualité de son regard, sa disponibilité face à des films dont il est plus facile qu’ailleurs, puisqu’ils sont pour beaucoup inédits, de ne rien savoir. Pour peu que l’on ne soit pas là pour jouer le jeu du barnum social tonitruant où les films ne sont plus que des prétextes, le Festival de Cannes est, chaque année, une aubaine.


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