La (grosse) bourde de Robert Ménard

Christine Tréguier  • 6 mai 2015
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Sous couvert de liberté d’expression (la sienne bien souvent), Robert Ménard, fondateur de Reporters sans frontière et ci-devant maire de Béziers, a toujours aimé attirer l’attention des médias, pratiquant pour cela sans vergogne la provocation et l’amalgame. Mais en participant lundi soir à l’émission Mots croisés il s’est quelque peu pris les pieds dans les fils du micro.

Durant le débat, il a affirmé : «  dans ma ville, il y a 64,6% des enfants qui sont musulmans dans les écoles primaires et maternelles. […] Comment vous intégrez ça ?  ». Interrogé en fin d’émission suite au tweet avisé d’un téléspectateur sur l’origine de ce chiffre, il a alors répondu : «  Ces chiffres sont ceux de ma mairie. On les a, pardon de vous dire que le maire a, classe par classe, les noms des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit de le faire, mais pardon de vous dire que les prénoms disent les confessions, à moins de nier l’évidence   ».

Voilà donc un maire qui avoue publiquement, non pas qu’il constitue un fichier, mais qu’il fouine dans ceux de l’éducation nationale (dont tout maire est en effet destinataire) et fait tranquillement ses petites statistiques, pour venir à l’appui d’un discours politique stigmatisant le trop plein d’immigrés. Et qu’il utilise une méthode plus que contestable qui fait froid dans le dos : qui porte un prénom un tant soit peu exotique est arabe et donc forcément musulman…

Les réseaux sociaux s’enflamment et le lendemain c’est la classe politique dans son ensemble qui s’émeut et dénonce un fichage illégal portant atteinte aux règles de la démocratie. Christiane Taubira évoque « les mêmes vieux démons et ces balafres faites à la République. La même lâcheté sur des enfants  » qu’en 1939, Manuel Valls parle de «  honte  », Najat Vallaud-Belkacem d’un acte «  profondément anti-républicain  », François Hollande de pratique «  contraire à toutes les valeurs de la République  ».

Sentant venir la galère, Robert Ménard tente de se dédouaner au micro de RMC. A Jean-Jacques Bourdin qui lui demande comment il fait il répond : «  je fais le tour des écoles, et je constate ce qu’il en est   ». C’est digne d’un marathon, car il y a 14 000 élèves environ dans les maternelles et écoles primaires biterroises. Puis il enchaine sur sa dialectique favorite : «  quand vous avez une majorité de mamans qui ne parlent pas le français, quand vous n’avez pas les codes de l’école, et que vous êtes aussi nombreux d’origine étrangère, vous êtes pénalisés  ». Chez lui c’est une obsession. En 2012 lorsqu’il était en campagne, le candidat Ménard agitait déjà des statistiques inquiétantes, évoquant «  des quartiers où 80% de la population est immigrée  » et demandait qui voulait d’une «  école où 80% des parents parlent mal le français ou ont des problèmes avec l’école   ». Un journaliste du Monde mentionne un article daté de janvier 2015 dans le Midi Libre où l’élu confie que « à Béziers, 60 % des élèves sont musulmans », disant avoir analysé les listes des écoles biterroises pour le savoir, tout en reconnaissant que l’exercice est illégal.

Dès mardi après-midi, le procureur de la République de Béziers a annoncé l’ouverture d’une enquête pour infraction à la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978. Celle-ci stipule en effet qu’« il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci ». Les statistiques ethniques sont elles aussi interdites, sauf exceptions dûment autorisées par la CNIL. Celle-ci a déjà sanctionné des entreprises effectuant de la prospection commerciale ethnique et précise sur son site : «  De tels critères ne peuvent pas être utilisés pour opérer des tris et s’adresser à des populations ciblées. Le non-respect de la règle générale d’interdiction du profilage communautaire est passible d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 300.000 € d’amende en application de l’article 226-19 du code pénal. »

Des perquisitions ont eu lieu à la mairie, et Robert Ménard a été convoqué mercredi au SRPJ de Montpellier. Après deux heures d’audition, il s’est esquivé par la petite porte pour éviter les caméras, ce qui n’est guère dans ses habitudes… Sur France Inter Gérald Darmanin, maire UMP de Tourcoing, a demandé à Manuel Valls de «prendre ses responsabilités» si les faits étaient avérés. Mais les faits sont on ne peut plus avérés et il n’est nul besoin de fichier pour prouver qu’il y a infraction. L’auteur lui-même l’a fièrement avouée à deux reprises….

{{Sur le Web }} Comment Robert Ménard se contredit dans sa défense En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/05/06/comment-robert-menard-se-contredit-dans-sa-defense_4628597_4355770.html#7XIHUkJLioGBAh7l.99 - Le Monde http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/05/06/comment-robert-menard-se-contredit-dans-sa-defense_4628597_4355770.html [L'article du Midi Libre->http://www.midilibre.fr/2015/05/05/beziers-menard-classe-les-ecoliers-par-religion-selon-leur-prenom,1157311.php]
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