Pression sans relâche contre les migrants à Paris

Après l’expulsion « humanitaire » d’un campement à la Chapelle, une partie des 400 migrants se retrouvent de nouveau à la rue, traqués par la police.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


« Nous sommes des personnes pacifiques

Nous sommes des demandeurs d’asile

Nous demandons des papiers

_ Nous voulons que nos droits soient respectés »

C’est par ce communiqué laconique qu'une centaine de réfugiés, réunis ce jeudi en assemblée, ont souhaité prendre collectivement la parole.

Si les autorités affirmaient mardi que les 400 personnes expulsées mardi matin d’un campement installé à la Chapelle avaient une solution de logement, beaucoup sont aujourd’hui sans toit. Après une à trois nuits dans des hébergements d’urgence ou à l’hôtel selon les cas, beaucoup sont invités à composer le 115, numéro d’urgence déjà surchargé en temps normal.

Vive tension et grande confusion à Paris

Une grande confusion règne à Paris sur la situation de ces migrants, majoritairement originaires de la corne de l’Afrique et donc éligibles au droit d’asile. 160 personnes sont entrées dans la procédure de demande, examinée en urgence, tandis que 70 personnes vulnérables ont été prises en charge par la ville de Paris, selon le décompte de France terre d’asile, chargée avec Emmaüs du diagnostic social du campement de la Chapelle.

L’association, qui estimait « indispensable » l’évacuation du campement, fait l’objet de critiques par une partie du mouvement de soutien aux migrants, qui tente de se réorganiser après l’expulsion de mardi matin.

« Si nous avons accepté [l’expulsion de mardi matin] c’est parce que nous avions obtenu la garantie par la préfecture que tous les demandeurs d’asile entreraient dans une situation pérenne, indique Pierre Henry, président de France terre d’asile à Politis . Mais l’OFII , [office français de l’immigration et de l’intégration], a géré seul la situation ».

Beaucoup de migrants ont ainsi été logés dans des hôtels, sans accompagnement ni nourriture, aux quatre coins de l’île de France. Une telle situation les contraint à retourner à la Chapelle pour espérer trouver de quoi se nourrir.

Quatre jours d'errance forcée

Depuis mercredi, une centaine de migrants se réunit donc dans un square devant l’église Saint-Bernard pour bénéficier de l’aide alimentaire, souvent offerte par des anonymes, en espérant bénéficier d’une solution de logement pérenne.

Le pont sous lequel ils dormaient depuis huit mois est barricadé et gardé 24h/24 par des vigiles et leurs chiens.

-Mercredi, ils sont entrés dans une salle municipale pour y passer une nuit, sans autorisation.

-Ils étaient délogés jeudi soir de l’église Saint-Bernard par la police après s’y être introduits pour trouver refuge. Ils ont finalement passé la nuit dans le square qui fait face à l'église.

-La police les expulsait ce vendredi en milieu d’après-midi du square, là encore dans une grande confusion, selon plusieurs témoignages sur twitter.

-Après s'être introduits dans le gymnase Ostermeyer, peu après 18 h ce vendredi, ils ont été délogés par les forces de l'ordre.

-Ils ont finalement passé la nuit de vendredi à samedi sur une petite esplanade faisant face au gymnase, après une distribution alimentaire de l'association Entraides citoyennes.

Rue Pajol, Parie 18e.

-L'esplanade était évacuée ce samedi en fin de matinée. Les migrants se sont installés à quelques mètres de là selon des militants présents sur place.

Une situation ingérable

Parmi ces migrants, certains ont déjà déposé une demande d’asile, ce qui devrait légalement leur donner droit à un toit et à un accompagnement. D’autres espèrent rejoindre le Royaume-Uni et restent donc à l’écart de ces dispositifs. Tous n’étaient pas dans le camp de la Chapelle et n’ont pas pu bénéficier de prise en charge.

Pour ne rien arranger, des rumeurs d'expulsion courent pour 3 autres campements à Paris (Austerlitz, Porte de la Villette et Gare de Lyon). Une centaine de personnes en provenance majoritairement du Soudan et d’Érythrée vivent depuis plusieurs mois dans des conditions de grande précarité sur les quais d’Austerlitz.

« Aucune réunion de travail n’a eu lieu avec France terre d’asile sur ces trois campements », indique ce vendredi Pierre Henry, président de l’ONG. La procédure prévoit qu’un diagnostic social soit établi avant le démantèlement de tels campements. 

En l'absence d'un véritable plan d'urgence pour l'accueil et l'accompagnement de ce migrant, la situation demeure donc bloquée.

« Calais, symbole de l’impuissance et de l’absurdité »

La situation est plus dramatique encore à Calais ou « près de 3000 personnes, bientôt 3500, 4000, vivent dans des conditions sanitaires effroyables, sans éclairage, sans accès à l’eau, ni toilettes, ni poubelles » , s’indigne France terre d’asile.

Une rixe entre plusieurs centaines de migrants a éclaté dans la nuit de dimanche à lundi, faisant 24 blessés, dont 14 ont été hospitalisés, rapportait lundi les secours.


Photo de Une : CITIZENSIDE/AURÉLIEN MORISSARD

Haut de page

Voir aussi

Articles récents