En France, la culture quitte la scène
Des manifestations annulées, des scènes qui ferment, des orchestres et des conservatoires qui réduisent la voilure… La baisse des dotations et la perte d’intérêt des élus pour les enjeux artistiques entraînent une chute de l’offre et de l’emploi, et font reculer la démocratisation.
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Janvier 2015 : une centaine de structures et de festivals annoncent leur disparition. Fin juin, Cartocrise en recense 215.
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En six mois, cette carte s’est fait connaître : « Son existence est arrivée aux oreilles de petites structures et manifestations qui se sont signalées », explique Emeline Jersol. Médiatrice culturelle au Boulon, Centre national des arts de la rue à Vieux-Condé (59), âgée de 26 ans, elle est l’initiatrice de cet outil qui fait office de révélateur.
La culture est-elle menacée en France ? La multiplication des points de couleurs sur cette carte le laisse penser. Les domaines les plus touchés étant la musique, puis les arts de la rue et le théâtre. L’année 2014 a été marquée par les mobilisations des intermittents et les marches pour la culture. 2015 par les premières conséquences des baisses des dotations de l’État aux collectivités. Janvier 2016 sonnera l’entrée en vigueur de la réforme territoriale. Actuellement en deuxième lecture à l’Assemblée, la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République) modifiera profondément le rapport des structures aux administrations décisionnaires. En France, la culture est subventionnée à 30 % par l’État et à 70 % par les collectivités, parmi lesquelles les villes à plus de 50 %. La baisse des dotations entraîne une situation inédite. Le 14 juillet, Avignon sera le théâtre d’une « parade des annulés » : « Des centaines de lieux et de festivals fermés, annulés, déprogrammés arbitrairement ou avec une programmation réduite, alerte la CGT-Spectacle. Des espaces de rencontre avec le public gravement réduits. Bref, un saccage de la politique culturelle et de la décentralisation, marqué par la disparition de nombreux emplois d’artistes et de techniciens. À cela s’ajoute la censure directe de certains maires qui interdisent des spectacles ou interviennent sur leur contenu. » Pour Olivier Py, directeur du festival d’Avignon, « voilà qui aurait été même impensable il y a trois ans [^2] ». Public et élus mesurent-ils l’ampleur du problème ? « Quand je dis à ma grand-mère : “Il y a de moins en moins de politiques
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