JT, profession indic (« À flux détendu »)

France 2 et la chemise d'Air France : une leçon de journalisme en direct du 36, quai des Orfèvres.

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Deux cadres d’Air France voient leur chemise lacérée par des salariés en colère sous les caméras de France 2. Au JT du soir, ce 5 octobre, David Pujadas ouvre son journal sur ces images accompagnées d’un commentaire factuel. Mais le matériau peut être mieux exploité pour devenir franchement sensationnel. Le 20 heures du lendemain revient, sans surprise, sur l’événement. Comme les journaux télévisés témoignent, en règle générale, d’une passion pour les versions policières, France 2 offre un compte rendu sans distance des avancées de l’enquête – quand beaucoup d’autres angles sont pourtant possibles pour traiter de cette affaire. Mais la chaîne publique fait mieux : elle réutilise ses images, cette fois-ci en encerclant l’un des agresseurs dans un halo de lumière. C’est la minute de délation servie sur un plateau-repas. Une leçon de journalisme en direct du 36, quai des Orfèvres. Il ne reste plus qu’à livrer le nom et l’adresse du dangereux individu.

Enfin, le 7 octobre, la rédaction de France 2 parachève son œuvre et revient, pour la troisième fois, sur les auteurs de la découpe sauvage des costards-chemises. Où l’on retrouve toujours les mêmes images avec le même halo sur le même homme. Où l’on apprend que l’identification des « suspects » bénéficie des caméras de surveillance et des « images de télévision » (la veille, il n’était question dans le commentaire du journaliste que du recours aux caméras de surveillance, par pudeur sans doute). L’ensemble s’achève sur un merveilleux sujet à propos des sanctions prises contre les séquestrations récentes de patrons ou autres opérations radicales menées par des salariés en grève, qui laisse entendre que la justice est laxiste. Quand une chaîne de télévision publique se fait l’auxiliaire aussi zélée des forces de police, on s’étonne modérément de la mauvaise réputation que peuvent avoir les journalistes…


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