Le corps de Simon (« À flux détendu »)

Dans la revue Lignes , un texte du philosophe Georges Didi-Huberman consacré à l’un des survivants de la tuerie de Charlie Hebdo .

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Ils n’ont pas quitté nos esprits alors que leur premier anniversaire approche : les attentats de janvier. La revue Lignes , dans sa livraison du mois d’octobre (n° 48, 221 p., 20 euros), y revient avec l’ambition qu’affiche le titre de ce numéro : « Les attentats, la pensée ». C’est sur le texte qui ferme cet ensemble que je veux m’arrêter. Il est d’une nature particulière. Signé du philosophe Georges Didi-Huberman, il est consacré à l’un des survivants de la tuerie de Charlie Hebdo, un jeune homme de 32 ans auquel l’auteur est lié d’une très grande affection. Simon Fieschi, c’est son nom, a reçu une balle de Kalachnikov « qui, traversant le poumon, lui a pratiquement brisé la colonne vertébrale ». Ce que Georges Didi-Huberman raconte, c’est une nouvelle naissance, en des termes qu’on a rarement lus. Au début, il n’y a qu’un corps ayant frôlé la mort et qui n’est que souffrance. Puis, dans sa chambre d’hôpital, « le survivant travaille à vivre ». C’est un long, un très long réapprentissage, scandé par des victoires sur l’impossibilité a priori de remarcher un jour. Pas de mouvement des jambes sans imaginer celui-ci au préalable, explique Simon à l’auteur, qui reçoit alors « une leçon sur les puissances de l’imagination, domaine que je croyais, tout à fait à tort, être ma spécialité ». Le plus beau, dans ce texte, c’est comment Georges Didi-Huberman voit dans ce retour à la vie, au-delà d’une formidable histoire individuelle, un acte précieux pour nous tous. Le «  corps blessé » de Simon est un « corps politique », explique-t-il en résonance avec cette formule de Michel Foucault énoncée dans une conférence : « Le corps est le point zéro du monde. » Cette volonté acharnée à se tenir droit malgré sa blessure, ce « désir de soulèvement » malgré ce qui le cloue à son lit, Simon, comme tous les survivants, nous en fait l’offrande.


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