Abstinence requise pour donner son sang

À la veille de la Journée mondiale contre le sida, le 1er décembre, quelles sont les discriminations qui perdurent ?

Ingrid Merckx  • 25 novembre 2015 abonné·es
Abstinence requise pour donner son sang
© Photo : THOREL/Citizenside/AFP

Une avancée, vraiment ? Le 4 novembre, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé la levée de l’interdiction de donner son sang pour les hommes ayant des relations homosexuelles à partir du printemps 2016. Une mesure qui avait été instituée en 1983 et que beaucoup considéraient comme une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, y compris la Cour européenne des droits de l’homme. Problème : les homosexuels et les bisexuels masculins devront avoir respecté une période d’abstinence d’au moins un an pour proposer leur sang. Ce qui revient à maintenir largement l’interdiction. En effet, selon un sondage Ifop de mai 2014, 75 % des Français vivent en couple, ils ont en moyenne 1,3 rapport sexuel par semaine, 3 % se définissent comme homosexuels (5 % des hommes), et 3 % comme bisexuels. Ce n’est pas avec le pourcentage d’abstinents que comptent potentiellement ces 5 % que l’établissement français du sang va nourrir ses stocks.

Cette mesure vise à ne pas contrevenir à la loi santé, selon laquelle « nul ne peut être exclu du don du sang en raison de son orientation sexuelle ». L’association SOS homophobie rappelle qu’elle demandait un alignement des conditions sur le reste de la population, « soit un ajournement de 4 mois pour tous et toutes uniquement en cas de prise de risque ». Et ce afin que ce ne soit pas une population qui soit décrétée comme étant « à risque », mais plutôt des comportements. Alors que le Canada demande, lui, cinq ans d’abstinence, le motif avancé, aligné sur le Royaume-Uni, est le risque encouru pour les personnes transfusées et le délai nécessaire pour tester les échantillons sanguins. Mais pourquoi ne pas avoir exigé 12 mois sans prise de risque plutôt qu’une période irréaliste de 12 mois sans sexe ? Pour le président d’Aides, Aurélien Beaucamp, ce combat est « une goutte d’eau dans un océan de discriminations », tant les personnes porteuses du sida font toujours face à de « nombreuses inégalités dans l’accès à la santé, aux assurances, au travail » ( le Monde ). Le don n’est pas un droit, mais un acte de solidarité, souligne-t-il.

Véritable levée d’interdiction, en revanche : les personnes séropositives vont bientôt pouvoir concourir à l’École normale de la magistrature. En effet, il fallait jusqu’à présent, pour passer le concours, « être reconnu indemne ou définitivement guéri de toute affection donnant droit à un congé de longue durée », d’après une ordonnance du 22 décembre 1958 sur le statut de magistrat, explique Aides dans le numéro de sa revue Remaides de l’automne. Certes, d’autres pathologies sont susceptibles d’être concernées, mais l’association, saisie par une personne atteinte du VIH, a signalé cette discrimination à la garde des Sceaux, laquelle s’est engagée à faire respecter « l’égal accès aux fonctions publiques ». Un projet de loi organique en procédure accélérée prévoit donc de remplacer les termes « reconnu indemne ou définitivement guéri » par « compte tenu des possibilités de compensation du handicap », à l’identique des dispositions concernant le reste de la fonction publique. Cette année encore, la Journée mondiale contre le sida, qui se tient le 1er décembre, affiche l’objectif zéro : zéro nouvelle infection due au VIH, zéro décès lié au sida et zéro discrimination.

Société Santé
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