En 2015, la transphobie tue toujours

Ce vendredi, la 17ème Journée Internationale du Souvenir Trans rend hommage à toutes les victimes de transphobie.

Chloé Dubois  • 20 novembre 2015
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En 2015, la transphobie tue toujours
© Photo : Manifestation le 17 octobre 2015 à Paris. (CITIZENSIDE/BERNARD MÉNIGAULT / CITIZENSIDE.COM)

Une semaine après les attentats de Paris , la 17ème Journée Internationale du Souvenir Trans (TDoR Transgender Day Of Remembrance) est à peine audible. Différentes initiatives solidaire s’organisent tout de même en mémoire des victimes de transphobie à travers le monde.

L’organisation Transgender Europe rappelle qu’en 2015, 271 trans ont été assassinés dans 29 pays. La transphobie tue toujours, comme en témoigne ce chiffre qui ne reflète pourtant que partiellement la réalité. De nombreux crimes de transgenres ne sont en effet pas comptabilisés, faute d’être dénoncé comme transphobes. En France, par exemple, la transphobie est considérée comme une circonstance aggravante, mais encore faut-il que le crime soit considéré lié à cette intolérance. D’un autre côté, certains pays ne répertorient, ni ne communiquent ce type d’information.

Les militants de cette minorité discriminée se mobilisent aujourd’hui dans plusieurs villes de France dont Toulouse, Marseille, Metz, ou Lyon, pour dénoncer ces meurtres. Débats, manifestations, et projections sont prévus, sous réserve d’annulations possibles en raison des restrictions imposées par l’état d’urgence. À Paris, un rassemblement est organisé par le collectif inter-associatif Existrans, de 18h à 20h au Centre LGBT Paris Île de France.

Sensibiliser les citoyens

Crée en réaction au meurtre de l’afro-américaine Rita Hester en 1998 , la TDoR dénonce notamment la non-protection des personnes trans, et invite au dialogue afin de sensibiliser les citoyens aux notions de transidentité et de transphobie. Selon la définition visible la page web de l’association Acceptess-T, la transphobie est le «rejet des personnes trans et de la transidentité. Elle peut prendre plusieurs formes : exclusion familiale, amicale, professionnelle, refus de soin de la part du corps médical, stérilisation forcée réclamée par les tribunaux pour obtenir le changement d’état civil. Elle peut aller jusqu’à l’agression, voire le meurtre» .

D’après une enquête française présentée en 2014 par le Comité Idaho et le think tank République & Diversité, plus de 8 personnes trans sur 10 auraient déjà été agressées. Soit 85% des 281 personnes interrogées, majoritairement par le biais des réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ainsi que les sites et réseaux associatifs. 96% d’entre elles n’ont pourtant jamais porté plainte. Le rapport évoque le fait que les personnes concernées estiment impossible «pour la police ou la justice, de traiter leur cas» . La peur de ne pas être entendu, voir discriminé est également une des raisons invoquées. Un bien triste bilan que Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess-T, estime révélateur d’une « transphobie intériorisée » par une partie de la société. Si les discriminations se déroulent la plupart du temps dans l’espace public, elles se produisent également dans les cabinets médicaux, ou aux guichets d’un service quelconque.

Bien qu’un projet de loi ait été déposé en septembre afin de simplifier le changement d’état civil, Giovanna s’interroge sur le silence du gouvernement :
«Nous savons qu’il y a une volonté de la part du gouvernement, mais qui, et combien de parlementaires soutiennent ce projet de loi? La question est là : déjà condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 1992, la France préfère t-elle creuser son retard, ou résoudre une injustice?»

Lutter plus efficacement contre les violences transphobes

En France, le changement d’état civil reste une procédure complexe et souvent mal vécue. Lorsqu’une personne souhaite entamer sa transition, elle «doit établir, au regard de ce qui est communément admis par la communauté scientifique, l’existence et la persistance d’un syndrome transsexuel ainsi que le caractère irréversible de la transformation de son apparence» . Un dossier est ensuite déposé auprès d’un juge qui confirme, ou non, la possibilité de ce changement.

Durant tout ce processus, la personne n’est pas considérée selon son «identité de genre» , mais selon son «identité sexuelle» . Par exemple, une personne qui se revendique comme étant une femme, considérée comme telle dans la société, est renvoyée à ses caractéristiques biologiques masculines, plutôt qu’à son «expérience intime et personnelle» , comme le prévoit la définition de la commission internationale de juristes mandatés par une coalition d’organisations de défense des droits humains. Dans les Principes de Jogjakarta, il a été écrit en novembre 2006 que l’identité de genre était « l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance » .

Remplacer le terme «identité sexuelle» par la notion de genre dans la législation française permettrait de lutter plus efficacement contre les violences transphobes, veut croire Giovanna Rincon. À l’heure actuelle, seuls les transgenres ayant changé leur état civil sont considérés comme victimes d’«acte discriminatoire transphobe» sur le plan légal.

Avec l’introduction de la notion «d’identité de genre» dans la législation, toute personne, non conforme au système binaire (homme ou femme), ayant ou non changé son état civil, pourrait s’appuyer sur cette notion pour se protéger et attaquer en justice des actes transphobes dont elle aurait été victime.

Pour Giovanna, une chose est sûre. Si le projet de loi n’aboutit pas, le collectif Existrans, ne gardera pas le silence : «Il y a beaucoup de force militante derrière ce projet. Nous voulons que ce soit un vrai sujet politique !»

Société
Temps de lecture : 5 minutes
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