Le Pen écrit aux artistes

Avec ses grosses manières pataudes, Marine Le Pen s’est fendue d’une lettre d’amour aux artistes du Nord-Pas-de-Calais.

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Un éléphant dans un magasin de porcelaine. Avec ses grosses manières pataudes, Marine Le Pen s’est fendue d’une lettre d’amour aux artistes de la région Nord-Pas-de-Calais (NPC), où elle est candidate. Sentant bien, car elle est finaude, qu’elle avait de ce côté-là un déficit de popularité, elle a tenté d’affiner sa plume. Ce qui donne : « Je tenais à m’adresser directement à vous pour vous dire combien, comme artistes, vous comptez à mes yeux pour la région. » C’est beau comme du Drieu La Rochelle dans sa meilleure période, façon 1940. Forçant sa nature, la présidente du Front national a utilisé des mots au début de sa lettre dont elle a vérifié le sens dans le dictionnaire, tant ils lui sont rares : « créer en toute indépendance », « la liberté et le talent » … Puis, elle-même se prenant au jeu de la création sans contrainte, elle a élucubré, peut-être aidée par une drogue douce, imaginant que le FN implanterait dans le NPC « des pépinières d’artistes » qui seront « des lieux de vie agréables et des espaces de travail et d’échange ». Trop cool ! Tout y sera gratuit, même « les services d’attachés de presse ». Et « des expositions des œuvres de ces artistes seront organisées dans la région et à Paris dans des lieux prestigieux comme le Grand Palais ». Là, c’est un peu chiche. Mme Le Pen aurait pu voir plus grand : le Stade de France ou le Vel’d’hiv – ah non, ce lieu-là n’existe plus. Puis, sortant de ses rêves embrumés, la voilà (comme Marion Maréchal) qui retrouve son naturel et s’attaque à l’art contemporain, qu’elle honnit, conforme en cela aux pulsions d’extrême droite. Sa missive s’achève ainsi dans les marais du populisme, aguichant les artistes en soif de reconnaissance : « Élus, nous serons les relations de ceux qui n’en ont pas. » Marine le Pen ne se refera pas. Elle voulait séduire avec élégance ? Elle fait misérablement le tapin.


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