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Musiciens aventuriers

Rude temps pour les musiciens d’exception. 2016 s’ouvre sur une litanie de disparitions.

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Rude temps pour les musiciens d’exception. 2016, dont chacun dans ses vœux souhaite qu’elle soit moins dure que l’an dernier, s’ouvre sur une litanie de disparitions. Paul Bley, Pierre Boulez, et maintenant David Bowie. Chacun, dans l’espace où il œuvrait – respectivement le jazz, la musique contemporaine et le rock –, avait précisément pour ambition d’en faire reculer les limites. Les vieilles recettes, le confort esthétique et les facilités de la renommée n’ont jamais participé de leur horizon. Paul Bley, décédé le 3 janvier à 83 ans, le moins connu des trois, a pourtant inspiré d’innombrables pianistes, frappés par son inoubliable solo sur « All The Things You Are », extrait de Sonny Meets Hawk ! (1963). Il a joué avec tous les « modernes », de Charlie Parker ou Charlie Mingus à Paul Motian ou Pat Metheny. Comme feu ses deux confrères en expériences musicales, il aurait pu être crédité du Nobel de la Recherche, se libérant des normes, tonales et de bon ton. Pierre Boulez a, dans ce domaine, commencé fort en se réclamant de Schönberg et du dodécaphonisme. Disparu le 5 janvier à l’âge de 90 ans, il a révolutionné la musique d’après-guerre, avec quelques autres. Réputées ardues, ses compositions ont perdu au fil du temps en abstraction pour gagner en sensualité, comme le montre l’un des sommets de son œuvre, une pièce pour ensemble et « live electronics », Répons (1981). Respecté plutôt qu’aimé, Boulez suscite toutefois un profond sentiment de gratitude chez beaucoup de ses cadets pour s’être montré généreux avec eux. Dernier en date à quitter cette Terre, le 10 janvier à 69 ans, lui qui avait chanté sa propre mort (« My Death »), David Bowie, aux identités changeantes, a été un extraordinaire producteur de fictions, un roi de l’imaginaire sonore et visuel. Pas sûr que là où il est, il ne cesse de nous faire part de ses sidérantes projections.


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