Réfugiés

Myr Muratet travaille depuis de nombreuses années sur une zone géographique constituée du nord de Paris et des villes attenantes de la Seine-Saint-Denis. Là, au fil de ses pérégrinations, il a rencontré les occupants des friches, des Roumains pour la plupart, avec lesquels il a noué des liens. Il a photographié leurs habitations de fortune, mais aussi l’évacuation de leurs camps, et les dispositifs mis en place par les pouvoirs pour empêcher qu’ils s’y réinstallent ou la venue de tout autre groupe de population.

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Dans le même esprit, et toujours dans la longue durée, Myr Muratet a photographié les usagers de la gare du Nord, « leurs dérives sur place, dans l’alcool, la drogue et souvent la mort », comme il l’explique lui-même. Le photographe ajoute : « Pour les autres, les vivants, j’ai suivi leur progressive éviction de la gare puis de ses alentours, jusqu’à leur disparition. J’ai, à travers eux, observé la lente mutation du lieu et sa prise en main par un pouvoir toujours plus attentif à ordonner tous les moyens ce nœud ferroviaire et social ».

Le travail que nous présentons ici a été réalisé sous le viaduc du métro aérien entre trois stations, Stalingrad, la Chapelle et Barbès-Rochechouart. Cet espace a été ces deux dernières années un des lieux-refuge le plus important à Paris de réfugié(e)s en provenance d'Afrique via la Méditerranée.

Myr Muratet raconte :

« Dans les premiers temps, les réfugiés ont installé un bivouac sommaire, fait de cartons posés à même le sol et de couvertures. Ils cachaient au matin leurs affaires roulé dans des sacs sur les poutres métallique du viaduc à l'aide de perches.

Ils ont passé là des mois dans l'attente d'une régularisation de leur situation en France ou d'un départ pour Calais et l'Angleterre, la Suède, l'Allemagne… Très vite, il y a eu plusieurs centaines de personnes à dormir dans le bruit assourdissant du métro aérien, battues par le vent soufflant depuis les voies de la gare du nord . Au milieu de l'hiver, des tentes Quechua® vertes et bleues ont été  livrées par les Médecins du Monde. Le soir des soupes étaient distribuées par l'Armée du Salut et d'autres associations caritatives musulmanes. La mairie de Paris finit par installer deux urinoirs, mais pas de point d'eau.

Tous les mercredis et samedis un marché aux puces informel  s'y installe. Le viaduc protège un peu de la pluie et du soleil mais pas du froid et du vent. Régulièrement vendeurs et acheteurs sont chassé par la police et leurs marchandises mises à la benne.

Le 2 juin 2015 la préfecture a fait bouclé le périmètre aux alentours de 6 heures du matin et a procédé à l’évacuation du camp, mettant en avant, comme souvent dans ce genre de cas, l’insalubrité et les risques sanitaires. »

Né à Paris, Myr Muratet y vit et y travaille.

« Dans ma pratique photographique, l’élément déclencheur n’est pas pour moi ce qui est nouveau mais ce que je reconnais. Ainsi, je ne cherche pas à découvrir de nouveaux lieux mais à me découvrir un nouveau regard. Cette forme de travail en huis clos sur un même sujet des années durant me force finalement, sous peine de ne plus rien voir avec le temps, à renouveler ma façon de voir le monde et donc de le penser ».

M.M., Paris, 2015.

www.myrmuratet.com

Réalisations :

2015

  • Calme Bloc : un livre aux éditions Actar sur un foyer de jeunes travailleurs et d’une crèche réalisé par les architectes Chartier Dalix et Avenier Cornejo dans le quartier en mutations de la Porte des Lilas avec les graphistes Benoit Santiard et Guillaume Grall.

  • École nationale supérieure d’architecture de Marne-La-Vallée : commande photographique sur l’école, son usage et son environnement.

2013 à 2014

  • Paris-Nord II : un travail photographique dans le quartier de la Chapelle / Stalingrad autour de l’occupation d’espaces urbains par des groupes de personnes à la recherche de lieux-refuge ou se poser et organiser une économie de survie. Avec le soutien de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques, FNAGP.

  • Bruits de fond : exposition collective . la Villa Bernasconi . Genève en septembre/octobre.

  • Campus Condorcet : une mission sur le territoire du campus Condorcet . Aubervilliers et sur les écoles et les facultés qui le compose : Paris 1, 3, 8, 13, l’EHESS, l’ EPHE, la FMSH.

2012

  • Sérigraphies : tirages de 20 affiches d’apr.s une s.rie de photographies des conservateurs de la Bibliothèque nationale de France, à Paris. Elles sont collées rue de Richelieu le temps que durent les travaux de la BnF.

  • Exécutions et autres sentences : exposition (photographies) à La Compagnie . Marseille en mai.

  • Slide-Show : projection au Festival international de cin.ma de Marseille (FIDMarseille) en juillet.

  • Vacant Lot : exposition (photographies) aux journ.es photographiques de Bienne, Suisse, en septembre.

  • L’Ailante ou la construction d’une ruine : exposition (photographies - sérigraphies) avec Mathias Schweitzer à la galerie de La Filature, à Mulhouse, de novembre à décembre.

2011

  • Ne mords pas la main qui te nourrit, mange-la : exposition (photographies) à la galerie L’Œil écoute à Limoges, avril 2011 et à l’espace Transit à Montpellier, mai 2011.

2010 à aujourd’hui

  • Wasteland : une recherche photographique en cours autour des notions d’occupation et d’invasion vue depuis 25 friches urbaines de Seine-Saint-Denis. Leur flore et leurs habitants. Avec le soutien du CNAP et de la DRAC Ile-de-France.
  • La sécurité des personnes et des biens, un livre avec le poète Manuel Joseph, novembre 2010, aux éditions P.O.L.

2009 à 2011

  • Mission photographique sur 13 villes du Val-de-Marne, commande de l’établissement public d’aménagement Orly-Rungis-Seine-Amont.

  • Résidence à La Filature, scène nationale de Mulhouse : réalisation d’une série de portraits et de vues urbaines. Ce travail a donné lieuà l’édition d’un cahier de 32 photographies sans texte ni légende au format 24x30 donné avec le programme de saison de la Filature.

2008 à 2009

  • Travaille d’abord, tu t’amuseras ensuite, avec le graphiste Vincent Perrottet : une série de 10 affiches sérigraphiées recto-verso et de tracts identiques. Cette série a été affichée et les tracts distribués durant les manifestations du printemps 2009. Elle a depuis été exposée à plusieurs reprises.

2003 à 2008

  • Paris-Nord I : une étude photographique sur des usagers marginaux de la gare du Nord à Paris et les dispositifs matériels et sociaux mis en place pour les en expulser. Ce travail a été exposé à la Maison des photographes, rue Vieille du Temple à Paris et à la galerie Hypolite à Helsinki, Finlande.

Photo: Myr MURATET

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