Un capitalisme marqué par la destruction
Saskia Sassen montre le rôle majeur des expulsions – humaines, économiques et environnementales – dans l’évolution de la mondialisation.
dans l’hebdo N° 1385 Acheter ce numéro

Sociologue néerlando-américaine, professeure à l’université Columbia de New York, Saskia Sassen a consacré le premier de ses ouvrages traduits en français [^2] aux transformations dues à la mondialisation, dans lequel elle a forgé le concept de « villes mondiales » (global cities). Dans son dernier ouvrage, dont nous publions ci-dessous un extrait, elle poursuit son analyse des caractéristiques de la mondialisation, marquée en particulier par le phénomène des expulsions.
En Occident, l’exemple courant, à la fois complexe et extrême, est l’expulsion des travailleurs à faible revenu et des chômeurs des systèmes étatiques de protection sociale et de santé, ainsi que des assurances et des allocations de chômage payées par les entreprises. Au-delà des négociations et de la mise en place de la nouvelle législation nécessaire à l’exécution de ces expulsions, il y a le fait patent et radical suivant : entre ceux qui ont accès à ces droits et ceux qui s’en voient dénier l’accès, l’écart s’est accentué et pourrait très bien être irréversible dans les circonstances actuelles. L’autre exemple est celui des progrès des techniques de forage de pointe, comme la fracturation hydraulique notamment, qui ont le pouvoir de transformer des environnements naturels en terres stériles dépourvues de nappe phréatique, ce qui constitue une expulsion d’éléments vitaux de la biosphère. Prises ensemble, les diverses expulsions que