Un journal ouvert

Notre indépendance est notre bien le plus précieux. Elle fait partie du pacte qui fonde notre équipe, et qui nous lie à nos lecteurs.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Toute nouvelle formule d’un journal est accompagnée d’une promesse : « Plus clair, plus aéré, plus lisible, plus percutant… » Que sais-je encore ? On connaît la chanson. De sorte que ces mots font l’affaire pour à peu près n’importe quelle gazette. Je ne vous dirai donc pas le contraire. C’est aussi notre but avec le Politis rajeuni que nous inaugurons cette semaine. Mais c’est un peu court, car il n’y a pas pour nous de « relookage » qui ne corresponde à notre engagement et au sens de notre travail. Même si nous savons aussi faire la part belle au sourire, et si donner du « sens » à toute chose n’est pas une obligation...

Mais la conquête d’une nouvelle audience ne peut pas répondre seulement à des objectifs économiques. Être lu par davantage de lecteurs, c’est d’abord apporter notre contribution à un débat indispensable au sein d’une gauche meurtrie par trois décennies de néolibéralisme, et par des pratiques gouvernementales ravageuses. C’est apporter notre pierre à un édifice à reconstruire. Ce sont des outils voués à cette tâche que nous voulons aujourd’hui mettre à disposition de ceux qui défendent des valeurs de justice sociale et de démocratie. Pour cela, nous proposons à nos lecteurs un véritable bimédia, accessible sur des supports mobiles. Le site politis.fr, lui même entièrement reconçu, et l’hebdomadaire ont désormais vocation à se compléter. Le premier nous émancipe des délais de bouclage et des angles morts du périodique. Il nous permet à tout moment de réagir à l’actualité, mais sans que nous cédions jamais à cette frénésie d’information qui est l’une des plaies de notre époque. Il permet aussi de faire place à d’autres points de vue.

Il s’agit notamment de toucher des jeunes lecteurs, habitués à s’informer autrement, et qui sont sensibles à l’image et à la vidéo. Quant à l’hebdo imprimé, il évolue en conséquence. Il se donnera davantage le temps de la réflexion, du grand reportage et du débat. On y trouvera chaque semaine le choix d’un événement, des brèves et des échos en plus grand nombre ; puis un dossier, des entretiens, des reportages, des portraits et un cahier culture. Nous avons essayé de réfléchir aux temps de l’information. Ni course à l’échalote, ni prétention à l’exhaustivité. Nous n’en n’avons ni les moyens ni le goût.

Nous avons aussi voulu que ces changements correspondent à ce moment particulier et difficile de l’histoire de la gauche qui n’est plus le même qu’il y a vingt-huit ans, quand Politis a été créé (songez, c’était avant la chute du Mur ! Et l’écologie était encore balbutiante !), ni même qu’avant 2012. Certes, l’engagement est toujours fait de mobilisations et de résistances, d’indignations et d’urgences – et les motifs ne manquent pas –, mais il est fait aussi de doutes et de nécessaires débats. Car si la gauche, celle qui est un peu plus qu’une étiquette, existe toujours dans ses principes de justice sociale, et ses valeurs collectives, elle est aujourd’hui traversée de maintes divergences. La question religieuse, la redéfinition du progrès, croissance et décroissance, le rapport au travail, l’Europe, les mouvements migratoires, la redistribution des richesses, l’égalité hommes-femmes sont autant de thèmes qui ne délivrent pas de vérités simples, et que l’actualité exacerbe.

Comment résister à la peur et à son exploitation politique, après les attentats de 2015 ? Comment éviter que notre société glisse vers l’essentialisme et le racisme ? Comment répondre, par exemple, à la petite phrase de Manuel Valls « expliquer, c’est excuser » (il a récidivé, samedi 16 janvier, chez Ruquier), qui pourrait presque servir de marqueur à la droite ? Comment dire que la sociologie n’efface pas le droit ? Comment encore rendre l’espoir à une société conditionnée par l’idée qu’il n’y a pas d’autre politique possible que celle qui se soumet à la finance ? Comment résister aux ravages de ce discours sur la démocratie ? Et montrer d’autres voies ?

Politis, plus que jamais, aspire à être l’un des lieux privilégiés de ces réflexions et de ces confrontations que nous voulons fraternelles. Il n’est pas le seul, mais nous sommes rares… Ce journal est ouvert. Son engagement est aux antipodes de tout dogmatisme. Il n’est lié à aucune sorte de dépendance qui l’obligerait à flatter ou à se détourner d’une vérité qui nous déplairait. Notre indépendance est notre bien le plus précieux. Elle fait partie du pacte qui fonde notre équipe, et qui nous lie à nos lecteurs. Ils viennent encore de le réaffirmer spectaculairement en répondant à notre appel à dons : plus de trois cent mille euros en deux mois ! Et combien de mots chaleureux qui nous encouragent. Mais, paradoxalement, le pari est loin d’être gagné. Ce sont les futurs abonnés qui nous y aideront.


Photo : THOMAS COEX/AFP

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