« Les mêmes méthodes que la droite »

À contre-courant des promesses du PS avant 2012, le gouvernement actuel poursuit la destruction du droit du travail.

Martine Billard  • 24 février 2016
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« Les mêmes méthodes que la droite »

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé vouloir faire primer le contrat sur la loi. On ne peut donc pas s’étonner à la lecture du texte sur le code du travail. Certes, de 2002 à 2012, les orateurs du PS dénonçaient les régressions sociales imposées par les gouvernements de droite, mais ces derniers agissaient par petites touches. Ainsi, l’inversion de la hiérarchie des normes, donnant la priorité aux accords d’entreprise – et même d’établissement – sur les accords de branche, a été introduite dans la loi sur la formation professionnelle du 5 mai 2004. Alain Vidalies, intervenant du PS sur les questions du travail, promettait : « Nous nous engageons à rétablir le principe de faveur et la primauté de l’accord de branche sur l’accord d’entreprise. » C’est l’inverse qui a lieu.

En trois lois, François Hollande aura détruit le droit du travail et servi les intérêts du patronat au-delà de tous ses espoirs. Avec les mêmes méthodes que la droite, tant au niveau des procédures parlementaires (49-3) que dans l’utilisation de la novlangue pour nommer les lois : de « rénovation de la démocratie sociale » (sous la droite), puis de « dialogue social », et maintenant loi El Khomri « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs ». Chaque fois, l’objectif est le même : réduire les protections des salariés dans l’entreprise. En 2011, j’écrivais dans un livre : « Ce programme commun du Medef et de l’UMP s’inscrit dans un même discours qui parcourt non seulement l’Europe, mais la planète entière : flexibilité du travail, baisse des coûts, allégement des charges, responsabilité individuelle, simplification, souplesse… » Il suffit de remplacer UMP par PS, le reste demeure valable.

Puisque la CGT et Solidaires refusent d’accompagner ces régressions sociales, le gouvernement a décidé de les contourner en imposant le référendum d’entreprise, où les salariés auront le droit de choisir entre perdre leur emploi ou accepter de dégrader leurs conditions de travail et leurs salaires ! François Hollande se fait ainsi le serviteur zélé de la Commission européenne pour imposer le remplacement de toute norme collective par des contrats individuels. Mais, alors qu’en septembre 2015, devant le 13e congrès de la Confédération européenne des syndicats, il avait promis une Europe plus sociale, cela ne le gêne pas de contrevenir maintenant au texte pourtant plus qu’insuffisant de la Charte sociale européenne. Gageons que la prochaine attaque portera sur les jours fériés, régulièrement dénoncés comme trop nombreux… Rien d’étonnant, donc, si Medef, CGPME et partis de droite chantent les louanges du texte El Khomri. Enfin, la France doit aussi donner des gages à la Commission européenne au moment où Pierre Moscovici, commissaire européen, insiste : « [La France] a besoin d’accélérer les réformes, notamment celle du marché du travail. » S’engager dans ces « réformes » devrait permettre d’obtenir l’indulgence de la Commission européenne sur le non-respect des 3 % de déficit.

Mais, plus globalement, qu’est-ce qui pousse Hollande à prendre ainsi son propre parti à revers ? Rester dans l’histoire comme celui qui « aura réformé la France » ? Jean-Marie Le Guen théorisait récemment sur la droitisation de la société et l’impossibilité de gagner « à gauche », donc sur la nécessité de s’adapter et de passer des compromis. Pour lui, l’erreur est d’avoir voulu défendre un « juste équilibre entre économie de marché et redistribution » et d’avoir laissé perdurer à gauche « la culture anticapitaliste des années 1970 ». En fait, tout est là. Pour lui, mais aussi pour Valls et d’autres membres du gouvernement, l’heure est venue de transformer le PS en un parti clairement positionné dans la gestion de la phase actuelle du capitalisme.

Pour celles et ceux qui croyaient encore ce gouvernement de gauche, il est donc temps de se réveiller. Ce gouvernement mène la même politique que le précédent. Il faut donc lutter de manière tout aussi déterminée pour faire échouer cette loi. Les syndicats doivent organiser la mobilisation des travailleurs pour éviter une telle régression sociale.

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Tribunes

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