Relaxe pour Siham Touazi, l’infirmière qu’un Ehpad de luxe voulait faire taire

Celle qui avait initié une grève inédite de 133 jours avec une dizaine de femmes dans un établissement cossu du Val d’Oise, était visée par une plainte en diffamation par ses anciens employeurs. Ces derniers ont été condamnés, et elle relaxée. Portrait.

Hugo Boursier  • 10 avril 2025 abonné·es
Relaxe pour Siham Touazi, l’infirmière qu’un Ehpad de luxe voulait faire taire
Dans un Ehpad du groupe Korian, Vill'Alize à Thises, le 16 avril 2020.
© SEBASTIEN BOZON / AFP

Mise à jour le 10 avril 2025

Victoire totale pour Siham Touazi. Le jeudi 3 avril, selon l'Humanité, la déléguée syndicale CGT et ex-infirmière à l’Ehpad du château de Neuville-sur-Oise (Val-d’Oise) a été relaxée de la plainte en diffamation déposée par son ex employeur, le groupe Epinomis. Le tribunal de Pontoise a même condamné ce dernier pour procédure abusive.

Première parution le 6 février 2025

Celle qui avait initié une grève inédite de 133 jours avec une dizaine de femmes dans un établissement cossu du Val d’Oise, est visée par une plainte en diffamation par ses anciens employeurs. L’audience de cette « procédure bâillon » était fixée ce jeudi 6 février. Portrait.

Ni piquet de grève, ni syndicat, ni discussions à rallonge avec tout ce que la République compte d'élus, de pouvoirs publics ou de services administratifs, ni interviews avec des journalistes ou interpellation d’Emmanuel Macron, ni audiences aux prud’hommes ou plainte en diffamation : le 25 décembre 2021, Siham Touazi et deux autres collègues de l’Ehpad du Château de Neuville-sur-Oise n’avaient alors aucune idée de ce qui les attendait.

Elles sont dans les toilettes de cet établissement luxueux, privé, détenu par une riche famille de Compiègne. Elles discutent. Se motivent. Puis soudain, l’évidence. « Bon, on va faire la grève alors ? », lance l’une d’elle. « Oui ! », répliquent les deux autres. Une recherche Google jettera les premières bases. Mais aucun algorithme n’aurait pu prévoir un tel combat à venir.

On s’était dit qu’après trois jours, ça allait être réglé.

S. Touazi

Au départ, elles partaient confiantes. « On s’était dit qu’après trois jours, ça allait être réglé », se souvient, sourire en coin, Siham Touazi, dans un café près de l’Ehpad où elle a travaillé pendant douze ans. « On commence à lister tout ce qui ne va pas : le rationnement de la nourriture pour les personnes âgées, l’absence d’équipement de qualité, la gestion des plannings, la charge de travail… ». L’infirmière, déléguée au comité économique et social (CSE), accompagnée d’une petite dizaine de collègues, veulent des équipements, des formations. Les soixante-douze heures de lutte se sont transformées en semaines, puis en mois. Finalement, la grève a duré 133 jours.

Et l’histoire ne s’arrête pas là. Aujourd’hui, Siham Touazi est poursuivie pour diffamation par ses anciens employeurs pour plusieurs déclarations publiques. Un billet de blog publié sur un site de travailleurs du groupe Korian. Et plusieurs extraits d’interviews accordées à la radio associative, Cause Commune, où elle décrivait les conditions de travail particulièrement dégradées et l’attitude de sa hiérarchie. Une hiérarchie qui n’a pas hésité, non plus, à poursuivre en diffamation la journaliste de L’Humanité, Eugénie Barbezat, et animatrice de l’émission Liberté sur Paroles, de cette même radio, dont la carrière n’avait jamais été émaillée d’une quelconque procédure de la sorte.

"Son ennemie jurée, c'était Siham"

Contactée, une collègue gréviste l’admet : « La directrice a décrété que son ennemie jurée, c’était Siham. C’est devenu personnel », juge-t-elle. Dans la salle d’audience du tribunal judiciaire de Pontoise où est jugée cette plainte en diffamation, la plaignante – dont la famille détenait l’Ehpad avant de céder l’activité en 2023 –, affirme que « Siham Touazi mettait la pression sur les salariés », et participait, au CSE, à « humilier la directrice » de l’établissement. Sur les bancs, d’anciennes salariées grévistes soufflent. La présidente demande le calme.

La plaignante nie

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