Syrie : Les fragilités d’un accord

Washington et Moscou ont annoncé lundi un cessez-le feu qui devrait entrer en vigueur ce samedi 27 février.

Denis Sieffert  • 24 février 2016
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Syrie : Les fragilités d’un accord
© Photo : Huseyin Nasir/Anadolu/AFP

Les Syriens de la zone urbanisée de l’ouest du pays vont-ils enfin connaître un répit ? Washington et Moscou ont en tout cas annoncé lundi un cessez-le feu qui devrait entrer en vigueur ce samedi 27 février. Un signe positif est intervenu mardi matin avec l’accord du régime de Damas. Preuve apparente que la Russie a fait pression sur son allier, qui lui doit tout. De son côté, le Haut Comité des négociations (HCN), qui rassemble des groupes clés de l’opposition, a indiqué qu’il acceptait ce cessez-le-feu, à condition que soient respectées les dispositions de la résolution 2254 de l’ONU, adoptée en décembre, qui prévoient un accès aux civils dans les zones assiégées et la livraison d’aide humanitaire. Ce qui suppose que le siège d’Alep par les troupes du régime soit au moins partiellement levé.

La vraie incertitude réside dans les « dérogations » prévues dans l’accord russo-américain de cessez-le-feu. Celui-ci exclut en effet les groupes terroristes. Cette restriction permet évidemment à la coalition de continuer ses frappes à l’est du pays sur les positions de Daech, près de Raqqa et de Deir ez-Zor. Mais pour Damas comme pour Moscou, qui participe faiblement à la coalition, il ne s’agit pas seulement de cela, car tous les opposants au régime de Bachar Al-Assad sont des « terroristes ». De plus, l’un de ces groupes, le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, est profondément intégré à la rébellion qui combat à la fois le régime et Daech. Sa présence à Alep, à Idleb, et dans tous les secteurs encore aux mains des insurgés, peut donc justifier la poursuite des bombardements russes. Si bien que la mise en œuvre réelle du cessez-le-feu dépendra pour beaucoup de l’interprétation de l’accord par Moscou.

C’est déjà cette lourde ambiguïté qui a réduit à néant un premier accord qui avait été programmé pour le 19 février. À cela s’ajoute un autre risque majeur avec la présence de groupes de Daech au cœur même de Homs et de Damas, comme l’ont montré les attentats meurtriers du 20 février contre les communautés alaouites et chiites.

Enfin, le respect du cessez-le-feu suppose également l’arrêt des bombardements turcs sur les forces kurdes au nord de la Syrie. Si cette trêve entre réellement en vigueur, elle pourrait déboucher sur une phase politique. Bachar Al-Assad l’a compris, qui a annoncé la tenue pour le 13 avril d’élections législatives « dans tout le pays ». Une annonce qui n’est crédible ni en regard de l’état du pays et de son morcellement, ni de l’absence de toute tradition « démocratique » du clan Assad. Le Président syrien qui dit vouloir rester dans l’histoire comme le « sauveur » de son pays. Après 260 000 morts.

Monde
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