Télé : Écran noir sur la réalité

Diversité ethnique, diversité sociale… le paysage audiovisuel est en complet décalage avec la France actuelle. Le CSA constate mais se dit impuissant.

Jean-Claude Renard  • 3 février 2016 abonné·es
Télé : Écran noir sur la réalité
© Photo : Charlotte SCHOUSBOE/FTV

Cachez cette France que je ne saurais voir ! Ouvriers, paysans, citoyens d’origine étrangère. Cette France multisociale, multiraciale, exclue du paysage audiovisuel, écrasée par les cols blancs. Et ça date. Qu’on se souvienne : mars 1999. Jamel Debbouze est invité au JT de 13 heures, il jubile : « Je peux juste dire un truc, un conseil, monsieur Rachid Arhab… La prochaine fois que vous présentez le journal, vous pouvez me faire un kif et le présenter comme ça : “Bonjour, vous êtes bien sur le journal télévisé de France 2. C’est Rachid Arhab, y a un problème ?” »

Dans son rôle de provoc, l’humoriste aurait pu interpeller le journaliste en « Arabe de service ». Pourquoi pas ? À regarder les JT des grandes chaînes, ce n’était pas faux. Ça ne l’est pas moins aujourd’hui. Qu’on en juge : Samuel Étienne et Carole Gaessler, sur France 3 ; Élise Lucet et David Pujadas sur France 2 ; Jean-Pierre Pernaut et Gilles Bouleau sur TF1 ; Victor Robert sur Canal +, Xavier de Moulins sur M6… Mohamed Kaci présentant le « 64’ » de TV5 Monde est une exception. Tout comme Patricia Loison sur France 3 ou Kady Adoum-Douass au JT d’Arte. L’info, sur le petit écran, ressemble à un jardin privé.

« On entend souvent qu’il n’y a pas de Noirs à l’antenne et qu’on ne peut pas en inventer, observe Kady Adoum-Douass, fille d’un père tchadien et d’une mère martiniquaise. Le souci, c’est qu’il y a aussi une vocation à faire naître. C’est un cercle vicieux : pour faire naître des vocations, il faut des exemples. À Europe 1, quand je suis arrivée, j’étais la seule Noire en dehors des femmes de ménage. J’étais aussi la seule Noire dans mon école de journalisme. Quand Harry Roselmack a présenté le journal télévisé de TF1, en 2006, on disait déjà que les Français n’étaient pas prêts à voir un Noir à la télévision. On avait seulement l’habitude du “Cosby Show” ! »

Quand Kady Adoum-Douass a débuté à la radio, en Picardie, au milieu des années 2000, se rappelle-t-elle, « on m’a demandé de changer de nom ! Je n’ai même pas osé le dire à mon père, qui l’a découvert à l’antenne. Je m’appelais Clara de Ligny. On m’a même collé une particule. Mais, quand on débarque dans un milieu et qu’on ne connaît personne, on accepte, a fortiori si

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Temps de lecture : 13 minutes