Grande-Synthe : des associations dénoncent « le cynisme d’État » face aux migrants

Le démantèlement de la « jungle » de Calais se poursuit et un camp humanitaire vient d’ouvrir à Grande-Synthe. Mais la municipalité fait face aux critiques de l’État.

AFP  et  Vanina Delmas  • 10 mars 2016
Partager :
Grande-Synthe : des associations dénoncent « le cynisme d’État » face aux migrants
© BELGA / AFP

« Le camp de Grande-Synthe qui vient d’ouvrir ses portes est déjà menacé de fermeture. Il doit pourtant permettre à des migrants vivant jusqu’à présent dans des conditions inhumaines de se délester un peu des angoisses quotidiennes nourries par l’insalubrité et la précarité » écrivent dans un communiqué commun neuf associations : Amnesty International, Emmaüs France, le GISTI, L’Auberge des Migrants, la Ligue des droits de l’Homme, Médecins du monde, Médecins Sans Frontières, le Secours catholique et Utopia 56, publié mercredi 9 mars.

Depuis le début de la semaine, près d’un millier de réfugiés ont quitté le camp insalubre du Basroch, à Grande-Synthe, pour être relogés dans le camp en dur créé par la ville et Médecins sans frontières. L’initiative du maire écologiste de Grande-Synthe, Damien Carême, ne fait pas l’unanimité. Lundi soir, le représentant de l’État, Jean-François Cordet, préfet de la région Nord –Pas-de-Calais-Picardie et du département du Nord, avait en effet « mis en demeure » le maire de sécuriser ce nouveau camp, se disant « inquiet des dangers relevés par la commission communale de sécurité », notamment concernant les risques d’incendies. Les associations s’indignent :

À la gestion dissuasive et policière s’ajoute à présent une gestion administrative et technocratique menée contre les espaces dédiés aux migrants, et contre un élu qui tente de les accueillir dignement. Le camp de Grande-Synthe est menacé de fermeture. Il n’est peut-être pas aux normes. Une chose est sûre. En France, le cynisme d’État, lui, est désormais hors norme.

Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, présentait sa politique migratoire devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. « La solution ne passe pas par un déplacement vers un autre site qui, en raison de sa localisation très passante, pose des problèmes », a –t-il affirmé lors de cette audition.

Les associations ont apporté leur soutien total à Damien Carême. « C’est à nous – ONG, associations d’aide et bénévoles – qu’il revient désormais d’investir ce lieu choisi par défaut. C’est à nous et aux migrants eux-mêmes qu’il appartiendra d’en faire, avec le concours des habitants de la région, un endroit qui leur fasse oublier pour un temps ce qu’ils ont subi trop longtemps. »

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien