Le Waterloo constitutionnel de François Hollande

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L’allocution a été brève. Quatre mois après avoir été applaudi par la quasi-totalité des parlementaires réunis en Congrès à Versailles, le président de la République a dû renoncer hier à réviser la Constitution pour y inscrire l’état d’urgence et la déchéance de la nationalité :

J'ai décidé, après m'être entretenu avec les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, de clore le débat constitutionnel.

Nous avons assez clairement critiqué ce projet de révision, sur ces deux aspects (voir notamment ici ou ou encore  et ), pour nous satisfaire de cet épilogue qui, quoi qu'en dise le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, est un échec cuisant pour le président de la République.

Ce dernier qui, le 16 novembre, à la surprise de tous, avait eu l’idée d’étendre la déchéance de la nationalité, peut bien aujourd'hui déclarer que la décision d'y renoncer est sienne (« J’ai décidé… »), nul n’est dupe. Monarque impopulaire, il avait imaginé qu'en piochant quelques mesures dans les boîtes à idées de la droite et de l'extrême droite il prendrait cette opposition à revers, la désarmerait et reconstituerait par l'appel à l'unité nationale un majorité autour de sa personne. Un temps, cette triangulation cynique a semblé fonctionner : lors du vote du texte à l'Assemblée nationale, le président des Républicains a exhorté ses troupes à adopter la « déchéance pour tous ». Mais la manœuvre, faite de triangulation extrême, a échoué quand le Grouchy-Sarkozy du Palais Bourbon s'est fait Blücher au Sénat.

Désormais le roi est nu. Pour lui, le bilan de ces quatre mois de grande confusion politique qui ont vu une idée d’extrême droite, reprise par un pouvoir dit « socialiste », adoptée par une Assemblée nationale majoritairement de gauche, avant d’être retoquée par un Sénat de droite, est lourd. La déchéance de nationalité a provoqué la démission de Christiane Taubira, qui était auprès de l'électorat de gauche la ministre la plus populaire du gouvernement. Cette mesure a profondément divisé la majorité présidentielle, suscité des départs dans les rangs des adhérents du PS, et motivé un appel à une primaire de la gauche qui conteste à François Hollande sa légitimité à être à nouveau candidat...

Cette séquence n'aura toutefois pas été inutile. Elle a dessillé un grand nombre de militants et d'électeurs de gauche qui n'en sont toujours pas revenus de constater jusqu'à quel reniement François Hollande, et pas seulement Manuel Valls, était prêt, ce qui aura des répercussions politiques en 2017. Elle a aussi montré à la gauche politique, syndicale et associative qu'il était possible de faire reculer le gouvernement. Et cela, en pleine contestation du projet de loi El Khomri, c'est un encouragement.


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