Loi travail : «La vraie démocratie, elle est ici»

Des dizaines de milliers d'étudiants et lycéens ont exigé le retrait de la loi El Khomri. Au-delà des étiquettes politiques et syndicales, le mouvement citoyen n’hésite plus à interroger notre modèle démocratique, notamment face à la fermeture de plusieurs universités.

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«Cette société là, on n’en veut pas», ont alerté des milliers de manifestants dans les rues de Paris, jeudi 17 mars. Résolument opposés au projet de réforme du code du travail, étudiants et lycéens ont pris part à la mobilisation, non seulement dans les cortèges, mais également à travers l'organisations de différents débats. De nombreux jeunes ont ainsi participé aux assemblées générales universitaires, point d’orgue du mouvement.

Mais ce jeudi matin, Place de La Sorbonne, les étudiants ont dû faire face à quelques imprévus. Les locaux de l’Université Paris I ont été fermés pour trois jours. Une décision historiquement rare prise par la présidence universitaire. Mais, cela n'a cependant pas empêché la tenue de l’assemblée générale, finalement organisée à même la place. «Cela nous a permis de nous ré-approprier l’espace public, ce qui est primordial quand on parle politique», lâche une membre du comité de mobilisation.

Un mouvement étudiant et citoyen

«Le principal, c’est que nous soyons ensemble pour le progrès social, syndiqués ou non, estime Matthieu Bauhain, secrétaire national de l’Union des étudiants communistes. Lorsque les jeunes écrivent sur des pancartes, c’est qu’ils ont des choses à dire.»

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Une idée que partage Emma, 18 ans, étudiante en sciences politiques et philosophie. D'après elle, les syndicats sont certes «nécessaires pour l’organisation du mouvement», mais ils doivent surtout permettre et respecter la prise de parole des indépendants. Une exigence pour de nombreux jeunes qui ont justement choisi de ne pas manifester sous les drapeaux des syndicats étudiants.

Si les syndicats étudiants ont un rôle important à jouer dans la mobilisation, notamment l’Unef et Solidaires, la contestation se veut avant tout unitaire et sans étiquette. «Il y a une tentative de récupération des syndicats devant les médias, juge un étudiant de Paris I. Mais lors des AG, les décisions sont collectives, et le fait d’appartenir ou non à un syndicat n'importe pas.»

Mais pour que cette mobilisation ait vocation à durer, les étudiants insistent sur la nécessité de faire perdurer le mouvement en tant qu'initiative citoyenne.

Je crois qu'il y a une véritable remise en question concernant le fonctionnement de la démocratie dans ce mouvement, continue Emma. Le gouvernement ne cesse de prendre des mesures qui vont à l’encontre des volontés citoyennes. C’est à se demander si nos représentants nous représentent vraiment. Au contraire, les AG nous permettent un temps de parole, mais aussi la possibilité de nous faire entendre.

Paris 8 vit au rythme des assemblées générales

De La Sorbonne à Jussieu, en passant l'École normale supérieure (ENS), «le but, c'est de redonner vie à l’université qui a pour vocation de politiser au sens noble du terme» lance un jeune doctorant. Le cortège regroupe désormais les étudiants des nombreuses universités du quartier latin, et finit par converger Place de la République, aux côtés de leurs camarades étudiants, collégiens ou lycéens déjà sur place.

Les syndicats aussi sont présents, venus apporter leur soutien. CGT, FO, FSU, Solidaires, tous exigent le retrait pur et simple de la loi El-Khomri. «Cette journée est à l’initiative de la jeunesse et nous on est là en soutien. De la même façon qu’on sera là le 24 et le 31» explique Eric Sueur, secrétaire départemental de la FSU. Également présent, Jean-Luc Mélenchon décrit «un mouvement qui produit une conscience sociale et politique».

À Paris 8, les étudiants sont plus mobilisés que jamais, avec des revendications qui dépassent le cadre de la loi El-Khomri. L'université de Saint-Denis vit désormais au rythme des assemblées générales et des blocus organisés par ses étudiants. «La grève a été votée dans un certain nombre de départements, et la présidence nous soutient, témoigne une étudiante de Paris 8. Même les départements qui n’ont pas voté la grève ont fait en sorte qu’il y ait des modalités de notation alternatives afin de permettre aux étudiants de se mobiliser».


Photo : Chloé Dubois, le 17 mars 2016 à Paris.

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