« Cette mobilisation contre les pétroliers off-shore est fondatrice ! »

Pendant trois jours, 600 militants climatiques très déterminés ont perturbé jour et nuit le congrès MCEDD du pétrole off-shore de Pau, promettant de multiplier ce type d'action.

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Dernier coup de sirène lugubre : le panonceau affichant la température vient de passer à +3°C : des grappes de militants s'effondrent sur le bitume de l'allée Alfred de Musset, devant le Palais Beaumont de Pau, où se conclut le congrès « Marine, construction and engineering deepwater development » (MCEDD, du 5 au 7 avril) des professionnels de la prospection pétrolière et gazière en eaux profondes. « Total, serial killer du climat » dénonce une banderole. Le géant pétrolier français, hôte de la rencontre, est la cible prioritaire des slogans. Depuis trois jours, le Palais a été transformé en forteresse, protégé par de hautes grilles anti-émeute. Des compagnies de CRS ont suppléé les gendarmes mobiles du premier jour, débordés. Des dizaines de mètres de d'adhésifs délimitent cette « scène de crime climatique » figée plusieurs minutes durant dans un silence solennel. « 500 morts selon la police, 4 milliards selon les organisateurs, glisse un militant. On n'a pas de “planète B” à notre disposition ». 15h, une violente ondée s'abat. Les militants dansent sous des bâches « On est plus chaud, chaud, chaud que le climat ! »

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Puis les congressistes sortent en ordre dispersé par des portes dérobées. Des militants les rejoignent pour tenter d'établir un échange. « Ce sont les scientifiques qui nous le disent, il faut laisser dans le sous-sol 80 % des réserves d'hydrocarbures pour ne pas risquer l'effondrement climatique », interpelle Sylvain Angerand, des Amis de la Terre. Le cadre de Total ne se démonte pas. « Nous sommes de grands garçons, nous n'avons pas besoin de vous. Nous avons conscience des enjeux, les technologies progressent, et de toute façon il ne reste plus de pétrole que pour une centaine d'années de consommation. » « Mais c'est dans la décennie qu'il faudra avoir radicalement changé de modèle ! », s'élève le militant.

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Le matin, il faisait partie de la soixantaine des plus décidés qui ont forcé les barrières en plusieurs endroits pour s'enchaîner au pied du Palais Beaumont. Lacrymogènes, quelques militants molestés, quatre d'entre eux brièvement conduits au poste. Mais de notre part, une action intégralement « non violente », se félicitent les militants, et qui aura perturbé les lieux pendant plus de deux heures, obligeant le gros des congressistes à utiliser l'entrée du parking souterrain pour rejoindre, avec retard, les salles de conférence.

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« Un pari gagné bien au-delà de nos espérances », résume Nicolas Haeringer, coordonnateur en France du mouvement international 350.org. Car la plate-forme Stop MCEDD (1) s'est montée six semaines seulement avant le congrès — événement fermé dont les associations n'ont eu connaissance que fin janvier par le biais d'un informateur dont ils protègent l'identité. « Je suis frappé par la détermination des militants. Dès la première matinée, elle avait dépassé toutes nos espérances, et puis ça a grossi, grossi sans relâche pendant ces trois jours. »

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Au mégaphone, Txetx Etcheverry, de l'association basque Bizi et l'un des principaux organisateurs, donne rendez-vous pour la suite. « Nous venons de vivre une mobilisation fondatrice. Nous l'avions annoncé après la COP21 : les fossoyeurs du climat doivent savoir que désormais nous seront présents partout pour tenter de bloquer leurs activités. »

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Prochaine étape sur l'agenda : le 21 avril à Paris, avec la tenue du International oil summit (Sommet international du pétrole), le jour de la cérémonie d'ouverture du registre des signatures par les États de l'accord sur le climat adopté à la COP21 en décembre dernier ! Avant la grosse vague de mobilisation internationale « Break free » du 4 au 15 mai, qui appelle à bloquer des sites d'exploitation des énergies fossiles partout dans le monde.

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