Des voitures tourneront bientôt à 200 km/h au cœur de Paris

Un million d’euros ont été dépensés pour une course automobile autour des Invalides.

Claude-Marie Vadrot  • 15 avril 2016
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Des voitures tourneront bientôt à 200 km/h au cœur de Paris
© Photo: Lotus E Renault E22 du français Romain Grosjean, au grand prix d’Austin (USA) en 2014 (Eric Vargiolu / DPPI).

Il ne s’agit pas d’un poisson d’avril retardé par les grèves, les manifestations ou une quelconque incurie gouvernementale : le samedi 23 avril, une douzaine de voitures de course tourneront pendant une heure autour des Invalides à plus de 200 km/heure. À cette occasion, le quartier sera bouclé, aussi bien pour les essais que pour la présentation des participants. Les manants pourront accéder à ce spectacle moyennant 20 euros. Ils seraient ainsi 15.000 attendus pour verser cette obole à la Fédération Internationale Automobile (FIA), organisatrice de cette épreuve, dont le siège est installé place de la Concorde depuis le début du XX° siècle.

Mais, attention, que les sceptiques et les autophobes se rassurent : il s’agit d’un prix de Formule E. Pas un de ces défilés vrombissant de Formule 1 qui font les délices des obsédés de moteur, de la télévision et des quotidiens : toutes les bagnoles participantes seront mues par l’électricité, y compris dans leurs pointes de vitesse annoncées à 230 km/heure.

Au risque de fâcher la maire de Paris qui a autorisé cette cavalcade ridicule qu’elle honorera de la présence, on ne voit pas vraiment la différence avec les courses de Formule 1. Il s’agit de célébrer le dieu bagnole dans une capitale qui s’efforce de limiter, avec un certain succès, la colonisation des rues et avenues par des « caisses » en métal ne transportant qu’une seule personne. Il s’agit aussi de glorifier le dieu vitesse dans une ville qui en multiplie (à raison) les limitations et assure officiellement vouloir faire de la place aux deux roues et aux piétons. Pour préparer cette course, tous les pavés autour des Invalides viennent d’être recouverts de bitume, des tribunes ont été installées et des murets ont été coulés sur les trottoirs ou les chaussées pour éviter les accidents et les sorties de route. En tout, les aménagements provisoires représentent une dépense d’un bon million d’euros auquel il faudra ajouter la mobilisation de forces de l’ordre pour assurer la sécurité et les interdictions de circulation qui seront mises en place toute la journée.

À se demander quelle mouche a piqué Madame Hidalgo pour l’inciter à accueillir cette manifestation qui se déroule également dans onze autres capitales dans le monde tout au long de l’année.

Plusieurs hypothèses sont plausibles…

Soit il s’agit de faire plaisir à monsieur Bolloré et promouvoir ses projets de voitures électriques.

Soit il s’agit de faire plaisir aux habitants du 7° et du 16° arrondissement qui luttent pour faire annuler la piétonisation de la voie sur berge dans leur quartier.

Soit il s’agit de désamorcer l’opposition de la FIA et des automobile-clubs à la restriction prévue de la présence des voitures sur la place de la Concorde.

Soit il s’agit de promouvoir la consommation d’électricité des centrales nucléaires maintenues en fonctionnement en dépit des promesses du Président.

L’argent dépensé à cette occasion serait plus intelligemment utilisé à réparer les nids de poule de plus en plus nombreux qui menacent la sécurité des utilisateurs de deux roues dans Paris, cyclistes compris.

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