Fin de parcours pour la loi controversée sur la prostitution

La proposition de loi socialiste relative à la lutte contre le système prostitutionnel est à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale ce mercredi, pour une quatrième et dernière fois.

Chloé Dubois (collectif Focus)  • 5 avril 2016
Partager :
Fin de parcours pour la loi controversée sur la prostitution
© Manifestation de travailleurs du sexe contre la proposition de loi, le 5 juin 2015, au Trocadéro (AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT).

Deux années de tergiversions n’auront pas suffi à mettre tout le monde d’accord. Ce mercredi, la proposition de loi qui vise à renforcer la lutte contre la prostitution, mais aussi à accompagner les personnes prostituées, revient à l’Assemblée nationale pour une lecture définitive. Après un ultime débat, les députés, qui ont le dernier mot, devraient adopter le texte, malgré des dissensions avec les sénateurs.

Proposée par Bruno Le Roux et le groupe socialiste, puis trimbalée entre les deux hémicycles depuis décembre 2013, cette proposition de loi ( voir le dossier législatif) prévoit principalement d’instaurer la pénalisation des clients. L’achat d’actes sexuels serait désormais sanctionné par une contravention de 1.500 euros.

Si le Sénat, à majorité de droite, a validé le texte le 10 mars 2016, il avait toutefois rejeté pour la troisième fois cette mesure, élément phare censé réaffirmer « clairement la position abolitionniste de la France », selon Maryvonne Blondin (PS). Au delà des sénateurs et députés, la pénalisation des clients divise certaines associations qui voient dans cette interdiction une manière de précariser et d’isoler davantage les travailleurs du sexe.

Pour Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des droits des Femmes , il ne s’agit pourtant que de ré-affirmer que « l’achat d’actes sexuels, comme toutes les formes de violence, ne saurait être toléré ». Au contraire, la sénatrice EELV, Esther Benbassa accuse les rédacteurs de ce texte de vouloir tirer un « bénéfice politique de leur position », et de vouloir« se donner bonne conscience ». « Mais que deviendront ces femmes ? », as-t-elle d’ailleurs demandé.

A lire >> Prostitution : « On nous met en danger ! »

Au delà de cette disposition pour le moins controversée, le projet de loi prévoit de supprimer le délit de racolage passif, initié en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. De même, il devrait permettre l’évolution du statut des prostituées, faciliter l’octroi de titre de séjour aux travailleuses du sexe migrantes, et permettre d’intensifier la lutte contre la traite et le proxénétisme.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme
Racisme 16 avril 2026 abonné·es

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme

Malgré le consensus biologique, l’extrême droite ravive le racisme des sciences biologiques du 19e siècle qui ont justifié esclavagisme et colonisation. Cette résurgence irrigue le débat public et donne au racisme l’apparat d’un discours académique pour mieux se légitimer.
Par Juliette Heinzlef
« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 
Exclusif 16 avril 2026

« Qu’est-ce qu’il dit l’orang-outan ? » : Frontières visé par une plainte pour ses commentaires racistes 

Visé par des dizaines de commentaires le comparant à un « singe » suite à une vidéo de Frontières sur Facebook, Bouna M. a porté plainte contre le site d’extrême droite pour provocation publique à la haine et contre les auteurs des injures.
Par Hugo Boursier
Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  
Analyse 15 avril 2026 abonné·es

Comment la loi Yadan entend « légiférer la censure » des voix pro-palestiniennes  

La proposition de loi Yadan, débattue ce jeudi 16 avril, suscite de vives inquiétudes en raison de son caractère jugé liberticide et son contenu flou. Avocats, associations et artistes redoutent un recul de la liberté d’expression. 
Par Kamélia Ouaïssa
« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »
Entretien 15 avril 2026

« Nous utiliserons tous les moyens parlementaires pour que la loi Yadan soit rejetée »

La députée LFI Gabrielle Cathala, désignée cheffe de file contre la proposition de loi de Caroline Yadan, explique comment son groupe entend combattre le texte dans l’hémicycle.
Par Hugo Boursier