Intermittents debout contre le gouvernement

Intermittents, chômeurs et étudiants étaient hier devant le ministère du Travail pour tenter de peser sur les négociations de l'assurance chômage.

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Entre trois et quatre cents intermittents se sont retrouvés lundi soir, à l'appel de la CGT-Spectacle et de la Coordination des intermittents et précaires (CIP), devant le ministère du Travail pour protester contre le contenu des négociations sur l’assurance chômage. Le cadrage financier, proposé le 24 mars par le MEDEF et signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC (syndicats minoritaires dans le spectacle) impose aux intermittents un effort de 185 millions d'euros d'économies en année pleine d'ici à 2018 et propose que l’État en compense une partie, à hauteur de 80 millions.

Un risque pour Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT-spectacle, qui craint que l'intervention de l'État dans l'assurance chômage donne naissance à une "caisse autonome", vieille revendication du MEDEF : "Le budget de l’État doit aller à l'activité. C'est ce qui créé de l'emploi, explique-t-il, surtout dans un contexte où les budgets dans les départements sont à la baisse".

© Politis

La CGT demande que les 507 heures pour douze mois à date d'anniversaire soient conservées pour les artistes mais aussi pour les techniciens. Un point qui semble faire débat dans les négociations. "On en fait un point obligatoire de la signature CGT", précise Denis Gravouil. Pour Nina, costumière depuis une vingtaine d'années, ce régime est indispensable pour tous les intermittents : "Sans ça on ne pourrait pas vivre de nos métiers".

Violences policières

Les manifestants se dirigent ensuite vers le Théâtre de l'Odéon, occupé depuis dimanche soir par une cinquantaine d'intermittents et d'étudiants. La tenue de l'assemblée générale dans l'enceinte du théâtre, demandée par les occupants, a été refusée par la Ministre de la Culture, Audrey Azoulay. Des dizaines de CRS entourent la place et barrent l'entrée de l'établissement.

Une situation que les manifestants jugent inadmissible : "Ce théâtre et cette place sont à nous, reprenons-les pacifiquement !", crient l'un d'entre eux. Chants et slogans sont à peine lancés que les CRS chargent la foule. Une pluie de gaz lacrymogènes et de coups de matraque oblige la foule à reculer. Une répression violente et arbitraire qui indigne les manifestants. "Baissez vos boucliers, posez vos uniformes et rejoignez-nous ! ", crie l'un d'entre eux tandis que la foule scande "Vos enfants sont avec nous!".

"Le ministère de la Culture ne peut pas dire qu’il soutient les intermittents et envoyer les CRS pour nous interdire l’accès au théâtre de l’Odéon", s'insurge l'un des occupants du haut du balcon.

Convergence des luttes

Une heure plus tard la tension retombe. Nuit Debout a décidé de délocaliser son assemblée générale quotidienne pour l'occasion. "C'est important que la convergence des luttes se fasse dans les deux sens. Pour une fois nous n'appelons pas les gens à venir nous rejoindre Place de la République, c'est nous qui venons à eux !", explique cette membre de la commission écologie de Nuit Debout.

D'autant plus que les intermittents militent aussi pour le retrait du projet de loi travail. « On sera dans la rue le 28 avril pour manifester contre la loi EL Khomri. Lundi dernier, à l’assemblée générale du Théâtre de la ville, un millier d'intermittents se sont prononcés en faveur d'une grève reconductible », affirme Michel Roger, fondateur de la compagnie Jolie Môme et initiateur du mouvement d'occupation. Une position suivie par la CGT qui a déposé un préavis de grève reconductible en cas d'échec des négociations.

"Ce qui se passe à l'Odéon est une preuve de réussite pour Nuit Debout : faire en sorte que nous nous mobilisions tous ensemble, même pour des choses qui ne nous concernent pas directement", lance un étudiant.

Une lutte soutenue aussi en dehors de Paris. A Montpellier, le Centre de Dramatique National, occupé par une soixantaine de personnes depuis le début des négociations sur l’assurance chômage le 13 avril, a communiqué son soutien aux occupants du théâtre parisien : "Nous déclarons que nous saurons faire entendre notre colère si nos camarades du Théâtre de l'Odéon subissaient une évacuation par les forces de police", avertit le communiqué de la Coordination des intermittents et précaires du Languedoc-Roussillon.

Aucun accord n'a été trouvé hier soir à l'issu des négociations. Les discussions sont donc reportées à mercredi, veille d'une journée nationale de mobilisation contre la loi Travail.


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