L’humour migrant de la maire de Calais

Un collectif a eu la divertissante idée de fabriquer un Calais Mag comme jamais il n’existera.

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Rêvons un peu : « Chère Calaisiennes, chers Calaisiens, la préfète du Pas-de-Calais a engagé la destruction de la jungle de Calais. […] Il s’agit là, pour nous tous, d’une erreur colossale. […] Ce n’est pas une marge “contenue”, immonde, que les machines nettoieraient, c’est une ville-monde, l’identité même de ce qu’est devenue notre ville. Les bulldozers écrasant la jungle ne détruiraient pas que quelques planches et quelques toiles : c’est Calais même qu’ils enfonceraient dans la boue. » Quelle prose inspirée d’édile clairvoyante ! Quelle trouée splendide dans l’infâme repli sur soi ! Évidemment, imaginer que le lyrisme de Natacha Bouchart, la maire Les Républicains de Calais, qui en avait appelé à l’armée pour évacuer le bidonville, la porte davantage vers Malraux que vers Zemmour, relève d’un notable effort.

C’est ce qu’a réalisé le Pôle d’exploration des ressources urbaines (Perou). Cette équipe d’architectes, photographes, philosophes et autres intellectuels s’est donné pour mission de dévoiler la ville-monde qui s’invente dans le bidonville de Calais. À l’occasion de l’exposition ayant lieu actuellement à la Cité de l’architecture, « Habiter le campement », à laquelle le collectif participe, celui-ci a eu la divertissante idée de fabriquer un Calais Mag comme jamais il n’existera : avec dedans moult propos humanistes et éclairés attribués à François Hollande, Xavier Bertrand et Natacha Bouchart, qui leur seraient inaccessibles dans la réalité. C’est terriblement cocasse et assassin. Son titre : « Réinventer Calais ».

Il semble que Madame la maire ne l’ait pas bien pris. Elle n’a pas vu le pastiche ni même le canular, mais un plagiat, et elle a porté plainte ! Ainsi l’équipe du Perou aurait copié des passages entiers du journal très officiel de la mairie de Calais ! L’ attaque ne manque pas de sel. Mais comment l’expliquer ? Comment comprendre en outre l’arrêté municipal édicté par ses soins afin d’interdire la projection en plein air, samedi dernier, de Merci patron ! dans le cadre de la Nuit debout à Calais – projection qui eut cependant bien lieu ?

Une publication ironique d’un côté, un film satirique de l’autre : Natacha Bouchart n’a peut-être pas tant d’humour que cela…


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