Poésie : L’Air de rin

Un recueil qui retravaille à sa manière l’esprit mallarméen en plastiquant la langue.

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Du Sonnet allégorique de lui-même, de Stéphane Mallarmé, Bruno Fern a extrait le fameux vers « Aboli bibelot d’inanité sonore ». Non pour en donner une explication en bonne et due forme, mais pour le métamorphoser en 132 variantes, « mélancomiques », selon le mot du préfacier de L’Air de rin, l’excellent collègue en poésie de Bruno Fern, Jean-Pierre Verheggen. Voici donc un recueil qui retravaille à sa manière l’esprit mallarméen en plastiquant la langue et en donnant des airs de loustics aux « pôôôètes ». Ça rigole, souvent jaune, sur le thème indiqué par l’en-tête. « Faux cul » : « Applaudit en plateau mais maudit en dehors » ; « Antidépresseur » : « Assagit directo l’humanité dolore ». À côté de questions existentielles, le corps est très présent, à consonance sexuelle. « Dépucelage » : « A franchi l’abricot rubicond extra-fort » ; « Membré » : « Apte au lit l’gigolo de s’astiquer perfore ». On décèle aussi une inclination à la critique politique, à la serpe mais juste. « Consignes révolutionnaires » : « À Neuilly va presto karchériser l’cador » ; « Made in Europe » : « A fourbi serre-grelots, gégène & miradors ». Le livre s’achève sur 66 versions de l’octosyllabe « Ferai un vers de pur néant », de Guillaume d’Aquitaine. L’Air de rin : tout sauf un livre vain.


L'Air de rin, Bruno Fern, éd. Louise Bottu, 58 p., 7 euros.

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