Total mis en accusation à Pau par les militants anti-pétrole off-shore

Acheter du pétrole pompé en Arctique, ce n'est pas en contradiction avec l'engagement de ne pas l'y extraire, affirme le pétrolier, traité de menteur par les ONG

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C'est un bras de fer médiatique que la plate-forme Stop MCEDD (1) a imposé au pétrolier Total qui accueillait à Pau, du 5 au 7 avril, le congrès international des opérateurs du forage off-shore (MCEDD). Selon la plate-forme, invitée jeudi 31 mars au siège de Total, deux cadres de la direction ont affirmé que l'entreprise est consciente qu'il faudra laisser une partie du pétrole existant dans le sous-sol, et qu'elle a renoncé à l'exploration et à l'exploitation des hydrocarbures en mer Arctique.

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Mardi 5 avril, devant les deux cents opposants qui avaient forcé les barrages de gendarmes mobiles protégeant le Palais Beaumont, site de la conférence MCEDD, Txetx Etcheverry, de Bizi, révèle, « de source extrêmement fiable », que Total aurait signé début 2016 un contrat d'approvisionnement à long terme avec le pétrolier russe Gazprom, pour des cargaisons issues de sa plate-forme arctique Prirazlomnaya qui fore en mer de Petchora. « Un véritable scandale, si c'est confirmé, et en contradiction flagrante avec les engagements de Total ! »

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Joint, un porte-parole de Total présent à Pau récuse toute dissimulation:

La transaction est mentionnée dans l'Argus du 3 mars : notre filiale de négoce Totsa achète bien à Gazprom Neft des cargaisons provenant de cette plate-forme arctique, pour des contrats au jour le jour ou à long terme. Cette activité de négoce n'implique nullement Total dans l'exploration ou l'exploitation, auxquels nous avons définitivement renoncé en Arctique.

L'achat d'hydrocarbures pompés dans cette région contribue pourtant à conforter Gazprom dans ces forages, une contradiction et une hypocrisie, dénoncent les ONG, qui rappellent qu'il faudra engager des efforts drastiques pour tenir l'engagement de la COP21 de limiter le réchauffement planétaire à moins de 2°C d'augmentation. « Nous ne considérons pas qu'il y ait contradiction ; mais admettons, je veux bien laisser le dernier mot aux ONG », réplique le porte-parole.

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Il précise aussi la position du groupe sur l'exploitation très controversée des sables et schistes bitumineux de l'Alberta (Canada):

Nous avons gelé deux projets, réduit notre participation de 40 % à 29,2 % dans la mine de Fort Hills en développement, et nous exploitons le champs de Surmont. Notre porte-feuille d'activités est régulièrement révisé en fonction de critères économiques, environnementaux, de sûreté, etc. L'extraction de ces hydrocarbures canadiens est actuellement très chère et d'un bilan environnemental moins bon qu'ailleurs. Cependant, il ne s'agit pas d'un retrait, mais d'une réduction conjoncturelle de notre exposition.

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Total avait donné son accord de principe pour revoir les ONG après le congrès MCEDD de Pau. Après trois jours de harcèlement du Palais Beaumont par les militants, « difficilement compatible avec la démocratie », son porte-parole « s'interroge » sur l'opportunité d'une nouvelle rencontre. Côté ONG, qui ont usé les oreilles des congressistes au cri de « Total ment, irresponsable ! », on sourit au discours « jésuitique » du pétrolier — « consommer n'est pas extraire ». Pas sûr que les deux parties aient encore quoi que ce soit à échanger tant leurs conceptions de la transition énergétique semble éloignées.

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