« Tu te sens comme un déchet »
Sur l’île de Chios, en Grèce, plusieurs centaines de réfugiés attendent dans des conditions terribles d’être fixés sur leur sort. Reportage.
dans l’hebdo N° 1399 Acheter ce numéro

Le port de Chios semble calme, ce dimanche, mais tout le monde est sur le qui-vive. Le ferry d’Erturk censé faire le trajet entre l’île grecque et les rives turques chargé de migrants expulsés n’a pas bougé depuis plusieurs jours, mais il est là, menaçant. Sa couleur rouge pompier est perçue comme une menace supplémentaire : «Je le vois devant moi et j’ai envie de me jeter à l’eau », lâche Naïm, une belle Syrienne. Elle serre son gilet élimé sur elle et regarde au loin. Comme beaucoup, elle est perdue. Elle ne sait plus quoi faire.
Depuis plusieurs jours, la police demande aux réfugiés de rentrer dans le camp de Vial, d’où ils se sont échappés, « mais quelle garantie ai-je qu’ils vont nous protéger des autres migrants qui nous ont attaqués ? », se demande Naïm. « Quand les affrontements ont -commencé, la police n’a rien fait pour les arrêter. » Elle ne se rappelle même pas pourquoi Syriens et Afghans en sont venus aux mains, « une histoire de nourriture insuffisante ou de femme qu’on embêtait », croit-elle se rappeler. Depuis, elle vit avec 300 à 400 autres Syriens sur