La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition
La cour d’appel de Paris devait se prononcer le 18 février sur l’extradition de deux militants antifas poursuivis dans l’affaire de Budapest. Si l’audience a été renvoyée au 18 mars, l’inquiétude liée au contexte politique français depuis le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, s’est fait ressentir parmi les soutiens.

© Maxime Sirvins
Rexhino Abazaj alias « Gino », veut avoir confiance en la justice française. Devant la chambre de la cour d’appel de Paris dédiée aux extraditions, le militant antifasciste d’origine albanaise, menacé d’être remis à l’Allemagne, affiche un air serein. Ce mercredi 18 février, il salue ses camarades venus le soutenir. Parmi ces derniers, l’inquiétude sur le sort qui sera réservé à Gino et Zaid, autre antifasciste poursuivi par la Hongrie, se double de celle liée au contexte politique français, depuis la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon, frappé à mort par plusieurs antifas.
« Ça pourrait jouer en notre défaveur », craint l’un des soutiens avant l’audience. Alice Cordier, fondatrice de Némésis, groupe d’extrême droite fémonationaliste ayant protesté contre la conférence de l’eurodéputée Rima Hassan à Lyon, avant la mort de Quentin Deranque, a consacré un de ses posts sur X à Gino : « Ça fait des années qu’on explique à l’État français qu’il y aura un mort par l’extrême gauche. Les antifas ne sont toujours pas considérés comme terroristes », déplore-t-elle le 13 février. Elle poursuit : « Gino l’antifa qui avait lynché un nationaliste a été relâché alors que la Hongrie le réclamait. » Des propos relevant de la « diffamation », réagit le militant auprès de Politis.
Selon la Hongrie, Gino ferait partie d’un groupe qui aurait commis cinq agressions sur des membres d’extrême droite à Budapest en février 2023. À cette époque, des militants antifas, venus notamment d’Allemagne, s’étaient opposés à la manifestation annuelle de milliers de néonazis européens, célébrant le « jour de l’honneur ». Ce dernier commémore l'alliance entre les Waffen SS et les combattants hongrois lors du siège de Budapest par les soviétiques pendant la seconde guerre mondiale. Depuis, le régime hongrois poursuit à l’échelle du continent, via des mandats d’arrêt européens, 19 antifas qui auraient été impliqués dans des agressions de militants d’extrême droite.
Le verdict de Maja était écrit avant même l'ouverture de son procès, dirigé par un juge aux ordre du gouvernement de Viktor Orbán.
En avril 2025, la justice française avait refusé de remettre Gino à Budapest invoquant le risque de « traitements inhumains » en détention et l’incertitude sur les garanties d’un procès équitable. Mais en décembre, il est arrêté par la police antiterroriste qui l’informe qu’il fait l’objet, pour les mêmes faits, d’un nouveau mandat d’arrêt européen, émis cette fois-ci par l’Allemagne.
En décembre 2023, Maja, militant·e allemand·e, avait été remis·e par la Hongrie à Budapest, dans les heures suivant son arrestation par la police allemande. Un transfert désavoué quelques mois plus tard par la Cour constitutionnelle, notamment car les conditions de détention en Hongrie n’avaient pas été suffisamment prises en compte. Début février, Maja a écopé de huit ans de prison. Un verdict rendu 30 minutes à peine après les plaidoiries de la défense.
Si Gino est extradé en Allemagne, il craint lui aussi d’être remis à la Hongrie. « C'est un risque réel, qu'il faut garder en tête » alerte son comité de soutien, dans un communiqué transmis à Politis. « Nous avons, comme d'autres, la certitude que le verdict de Maja était écrit avant même l'ouverture de son procès, dirigé par un juge aux ordre du gouvernement de Viktor Orbán. Il n'est à ce jour pas possible de prouver la présence des inculpé.e.s sur les images de vidéosurveillance au coeur du dossier. »
Renvoi de l’audienceMarie Coquille-Chambel, militante antifa présente à l’audience (1), a observé autour
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