Une trêve fragile au Karabakh

Entretien avec Bernard Dreano, du Cedetim.

Politis  • 13 avril 2016
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Une trêve fragile au Karabakh
© By Bourrichon (GFDL) Wikimedia Commons

D’où vient le conflit du Karabakh ?

Bernard Dreano : Quand il a tracé les frontières des républiques constituant l’URSS, Staline a séparé la petite région du Haut-Karabakh de la République ­d’Arménie pour en faire un « territoire autonome » au sein de celle d’Azerbaïdjan, alors que ce territoire était peuplé très majoritairement d’Arméniens. Dans le contexte de l’effondrement de l’URSS, les Arméniens ont réclamé le rattachement du Haut-Karabakh à l’Arménie. Il en a résulté une guerre, de 1988 à 1994, qui a fait 30 000 morts, des centaines de milliers de réfugiés (Arméniens d’Azerbaïdjan et Azéris d’Arménie et du Karabakh) et provoqué l’occupation par les forces arméniennes de territoires azerbaïdjanais autour du Haut-Karabakh.

Y a-t-il eu des négociations de paix ?

Le cessez-le-feu, en mai 1994, a été initié sous l’égide du groupe de médiation de l’Organisation de la sécurité et de la coopération en Europe, dit « Groupe de Minsk », présidé par la France, les États-Unis et la Russie. À la fin des années 1990, diverses hypothèses de désescalade et de solutions ont été évoquées. Le conflit était « gelé », le cessez-le-feu plus ou moins respecté. Du côté arménien, on campait sur les acquis territoriaux ; du côté azerbaïdjanais, sur la rhétorique de « revanche ». De part et d’autre, la situation des droits humains se détériorait, notamment en Azerbaïdjan, surtout après la fin de la présidence d’Haydar Aliyev (1993-2003) et l’arrivée au pouvoir de son fils Ilham ; entre-temps, l’oligarchie au pouvoir s’est enrichie grâce à la rente pétrolière.

Pourquoi le conflit se réveille-t-il maintenant ?

Les deux pays sont en crise ; en Arménie, de vastes manifestations ont eu lieu en 2015 contre la corruption et le pouvoir. En Azerbaïdjan, le régime, de plus en plus autoritaire, est déstabilisé par la chute des cours du pétrole et la croissance vertigineuse des inégalités. Ce sont les forces azerbaïdjanaises qui ont attaqué du côté de Martakaert… Ilham Alyiev a sans doute supposé que la tension entre Turquie et Russie et le contexte régional de guerre lui laissaient le temps de conquérir rapidement quelques positions grâce à un armement supérieur, mais il s’est heurté à l’organisation très efficace des Arméniens du Karabakh.

Chaque régime a appelé à l’union sacrée, la fièvre nationaliste a dépassé les frontières. Les grandes puissances, et d’abord la Russie, ont imposé une nouvelle trêve… Jusqu’au prochain épisode.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
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