Yanis Varoufakis et les « Minotaures »

L’ancien ministre des Finances grec examine un demi-siècle d’histoire économique et démonte les mécanismes qui ont conduit à la crise de l’euro.

Économiste, historien, amoureux de la chose publique et à son tour homme politique, Yanis Varoufakis possède un point de vue unique sur la crise monétaire en passe de faire imploser le projet européen. Dans son dernier ouvrage, l’emblématique ministre des Finances du premier gouvernement d’Alexis Tsipras, au premier semestre 2015, revient sur un demi-siècle d’histoire économique. Avec un souci de clarté manifeste, il décortique les grands moments de rupture qui ont conduit l’Europe et la Grèce dans l’impasse qu’est devenue la monnaie unique. Ce « fantasme de croire possible de gérer la monnaie de façon apolitique », déjà expérimenté dans l’entre-deux-guerres, avait, selon l’auteur, « engendré les gangsters fascistes et nazis ».

Le récit de Varoufakis débute au sortir de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les -Américains tentent d’asseoir une hégémonie sans partage sur l’économie mondiale. Ils inondent la planète de dollars et font pression sur les créanciers de l’Allemagne pour que plus de 70 % de la dette de ce pays soit effacée. Ils fixent aussi des règles du jeu strictes et donnent une valeur fixe au dollar afin de se prémunir des instabilités qui ont causé la déroute de 1929. C’est le fameux système de Bretton Woods, qui aurait pu endiguer les déséquilibres planétaires, mais était trop dépendant de la volonté des États-Unis. L’histoire aurait été tout autre si la proposition « grandiose » que l’économiste John M. Keynes formulait au même moment n’avait pas été écartée, écrit Varoufakis : créer une taxe mondiale alimentant un fonds de sauvetage, afin qu’aucun pays ne puisse « sombrer dans un trou noir d’endettement ».

Ce n’était pas l’ambition des Américains. Leur système monétaire exclusif et « la prospérité dans le mal-être » qui l’accompagnait se sont finalement effondrés à la fin des années 1960, sur fond de réveil des peuples. Ils ont laissé place à un autre type de domination à partir des années 1980, où il n’était plus question de régulation pour « le Minotaure » américain à l’appétit insatiable. Pour conserver leur hégémonie, les États-Unis ont incité les spéculateurs du monde entier à gonfler la Bourse de New York avec des taux de -rémunération « ahurissants » et des lois de plus en plus laxistes. Leur objectif était de « désintégrer l’économie internationale de façon contrôlée », écrit Varoufakis. C’est ce système qui a dicté l’austérité partout sur la planète et a implosé trois décennies plus tard, en 2008.

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