De la Cinémathèque à Cannes ?

Pour la première fois de son histoire, la Cinémathèque a vu des CRS pénétrer dans son enceinte.

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Signe des temps. Pour la première fois de son histoire, ce 6 mai, la Cinémathèque a vu des CRS pénétrer dans son enceinte à la demande de sa direction pour déloger des militants qui y réclamaient plus de justice sociale. Ceux-ci inscrivaient leur action pacifique d’occupation dans le contexte de la lutte contre la loi El Khomri, mais aussi, plus spécifiquement, eu égard aux mauvaises conditions de travail des personnels d’accueil de cette institution, pratiques dénoncées sur Facebook par une ancienne salariée au moment de la passation de pouvoir entre Serge Toubiana et Frédéric Bonnaud. Le tract des manifestants était intitulé : « La Cinémathèque française, lieu emblématique de la culture et de la précarité ».

Il n’est pas exagéré de dire que la réponse de la direction dans cette affaire ne brille pas par son sens politique. Rétorquer que les boulots d’« hôtesse d’accueil, guichetier et ouvreuse » devaient rester des « petits jobs d’étudiant » et certainement pas se transformer en « CDI à vie », comme l’a affirmé Frédéric Bonnaud, n’est pas à la hauteur de la souffrance au travail qui s’est exprimée. Le directeur adjoint, Michel Romand-Monnier, n’a pas fait dans la dentelle non plus face aux occupants, déclarant que la Cinémathèque n’était « pas de gauche ». C’est sans doute pour conforter son propos qu’il a eu recours aux policiers quelques instants plus tard.

Outre Pasolini, très à la mode actuellement pour discréditer toute rébellion – il serait urgent de rappeler que son appréciation sur les « CRS prolétaires » et les « étudiants fils de bourgeois » ne l’empêchait pas de soutenir le mouvement de 68 –, le directeur adjoint a convoqué François Truffaut parmi les cinéastes « pas de gauche ». C’est oublier qu’en février 1968 le réalisateur des 400 Coups avait fait plier Malraux en défense d’Henri Langlois, le directeur historique de la Cinémathèque. Un fait d’armes qui a donné le la à ce qui reste l’acte le plus radical de contestation que Cannes ait connu : l’arrêt du festival obtenu par la bande de la Nouvelle Vague. Peut-on imaginer un même à-propos politique aujourd’hui ? Ou bien, si d’aventure quelques militants viennent troubler la fête cannoise, la direction du festival réagira-t-elle de la même façon que celle de la Cinémathèque ?


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