Île-de-France : Des tests salivaires de détection de drogue dans les lycées

Le Conseil régional de la région Île-de-France (IDF) a finalement adopté jeudi le plan anti-drogue promis par Valérie Pécresse, bien que sa mise en application pose la question du cadre légal.

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Habituée des promesses électorales polémiques, Valérie Pécresse (LR) passe à l'acte. Après la suppression des financements des logements sociaux dans les communes franciliennes qui ont atteint le seuil des 30 %, la nouvelle présidente de la région Île-de-France vient de faire adopter une autre mesure controversée: son plan de lutte contre les conduites addictives dans les lycées franciliens.

Ce projet, qui vise à «éradiquer la drogue et les addictions» dans les établissements, «source de décrochage scolaire», a cependant été voté jeudi 19 mai, alors que les moyens proposés pour y remédier posent toujours questions. La Région demande en effet aux établissements «d’établir un diagnostic sur sa situation au regard de la consommation de substances addictives», et d’identifier les éventuels trafics à proximité des lycées. Pour cela, des tests de dépistages seront mis à disposition des chefs d’établissement. En raison du secret médical, ceux-ci ne devraient avoir accès qu’à des résultats anonymes et globaux, mais ils seraient transmis aux familles des élèves, ou au lycéen lui-même s'il est majeur. Or, même si les parents peuvent autoriser ce genre d'examens, les élèves peuvent le refuser.

Reposant sur trois volets, «prévention», «dépistages» et «répression», cette mesure propose également la possibilité de détecter des consommations de drogue par l'analyse des eaux usées des lycées. «Une détection totalement anonyme» qui donnera «une vision claire et objective» de la consommation dans chaque lycée, a expliqué le groupe MoDem, à l'origine de l'amendement.

Prévu dans le volet «répression», «le proviseur pourra solliciter le concours de la Région pour mettre en place un plan de lutte contre les dealers et le trafic au sein du lycée et à ses abords» et déployer «un dispositif de vidéoprotection, demander un renforcement de la présence policière à proximité de l’établissement, ou encore une plus grande sécurisation des trajets entre le lycée et les transports publics». Des mesures sécuritaires plus qu’une véritable campagne de lutte anti-drogue selon l’écologiste Mounir Satouri, qui se demande «en quoi les tests salivaires vont agir sur la prévention».

Opposés à cette mesure, les élus de gauche ont également dénoncé le «rôle policier» donné aux proviseurs. Jean-Luc Roméro-Michel (Radicaux de gauche) a quant a lui estimé qu’il ne s’agissait que «d’un effet d’annonce» qui vise à «rassurer votre électorat».

Probablement dans l’intention de rendre ludique le passage au vote, un élu UDI a par ailleurs distribué des tests salivaires aux élus dans l'hémicycle, ajoutant que, selon les statistiques, 17 d'entre eux devaient être des fumeurs réguliers de cannabis, et 8 des fumeurs quotidiens. Et c’est très grossièrement qu’il a proposé de tester en premier les membres du groupe EELV qui a immédiatement dénoncé la «stigmatisation» de cette demande.

De son côté, l’Union nationale lycéenne dénonce dans un communiqué une «dérive» de la présidente de la région à la fois «illégale, infantilisante mais aussi inutile» :

La répression n’a jamais fonctionné. De plus, ces tests, peu fiables, mettraient aussi en difficultés les fumeurs passifs.

Le syndicat lycéen a également demandé une «vraie politique de prévention, par le biais d’ateliers pédagogiques sur les conséquences de la consommation de drogue ; et d’accompagnement des consommateurs». En conséquence, l’UNL exige «l’abandon de ces tests nauséabonds»__, et assure que les lycéens «saurons être présents en conséquence de leur mise en place».


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