Lauréat puis suspect

Joseph Andras a refusé le Goncourt du premier roman, attribué le 9 mai à son livre intitulé De nos frères blessés.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Vue de Cannes, la décision de Joseph Andras de refuser le Goncourt du premier roman, attribué le 9 mai à son livre intitulé De nos frères blessés (Actes Sud), a une saveur particulière. Quelle est la justification invoquée par l’auteur ? « La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l’écriture et à la création », a-t-il écrit aux jurés Goncourt dans une lettre citée par l’AFP. Ces propos sensés relativisent l’électricité qui ne manquera pas de s’intensifier du côté de la Croisette quand approchera l’instant crucial de la remise des prix. Bien sûr, la Palme d’or est une institution, elle fait partie de l’histoire du cinéma, et bousculer ce rituel coûterait cher au festival. On n’est pas obligé non plus de toujours croire à la hiérarchie établie par les palmarès.

Mais le refus de Joseph Andras a eu aussi cet autre mérite : il a tout simplement fait dérailler le système médiatique. Quelque chose ne passait pas : comme si les motivations de l’auteur ne pouvaient être celles qu’il invoque. Joseph Andras : « La littérature, telle que je l’entends en tant que lecteur et, à présent, auteur, veille de près à son indépendance et chemine à distance des podiums, des honneurs et des projecteurs. Que l’on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie dans ces lignes : seulement le désir profond de s’en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d’un travailleur et militant de l’égalité sociale et politique. » Peine perdue : il n’a pas été cru. Pour les médias et leurs serviteurs, la sincérité d’un homme s’arrête là où il marque sa réticence envers eux. Il n’est pas concevable qu’un écrivain ne soit pas séduit par la renommée. Joseph Andras est donc forcément le pseudonyme d’un auteur connu qui ne veut pas apparaître, pour de sombres motifs.

Pierre Assouline, juré Goncourt et grand représentant des « gensdelettres », déçu par ce débutant trop peu reconnaissant, écrit sur son blog : « Difficile en tout cas de ne pas déceler sous la revendication d’idéalisme un mélange de mépris, d’arrogance, d’immaturité. […] Il est vrai aussi que, cette récompense étant dotée, Joseph Andras aurait eu à dévoiler sa véritable identité pour la recevoir, ce qu’il paraît redouter par-dessus tout. » Où est-il vraiment, le mépris ?


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.