L’Himalaya de Montebourg

Le candidat Montebourg gênerait bien sûr François Hollande, mais il gênerait aussi, et peut-être plus encore, Mélenchon.

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L’opération a été rondement menée. En un peu plus d’une semaine, Arnaud Montebourg est passé d’un reportage télévisé où le « petit entrepreneur retiré de la politique » faisait mine de fuir la caméra, à un appel en bonne et due forme qui a tout l’air d’un lancement de campagne. Entre-temps, un ou deux portraits bien sentis dans la presse, quelques fausses indiscrétions lâchées par ses amis frondeurs, et le tour est joué ! Enfin presque. Car l’ascension vers l’Élysée tient davantage de la course himalayenne que de la promenade sur les sentiers du mont Beuvray. Au passage, et pour clore le chapitre de la « com », notons la symbolique un peu lourde du lieu duquel l’impétrant a lancé son appel. Le vallon morvandiau porte en son sommet quelques traces d’un oppidum gaulois. Le made in France n’est pas loin. L’amour du terroir et des racines profondes, tout ça fleure bon la Mitterrandie.

Mais point trop n’en faut. Arnaud Montebourg, issu par sa mère d’une famille kabyle, devrait le savoir. La France change. Le pays qu’il faut convaincre n’a jamais été aussi divers et aussi peu « gaulois ». Voilà pour les effets d’image. Sur le fond, les choses pour le candidat à la candidature se sont sans doute accélérées avec l’épisode du 49.3. L’incroyable coup de force qui a consisté pour Manuel Valls à interdire un débat au prétexte qu’il n’était pas sûr d’avoir la majorité – ce qui pourrait conduire loin, si on étendait ce principe à toutes les élections – a consommé la rupture de l’exécutif avec les frondeurs, même les plus timorés.

Il fallait donc d’urgence à la gauche du PS un candidat, au risque de paraître inconséquent. Ce serait donc Montebourg. Ils étaient plusieurs frondeurs, lundi, à gravir avec lui les pentes du mont Beuvray. Dans un premier temps, l’opération passe par la relance d’une hypothèse de primaire à gauche, qui était bien mal en point. Nous avons déjà eu l’occasion d’exprimer nos réserves à ce sujet. L’initiative est sympathique, mais elle renvoie à un débat de fond. Concourir dans ce genre de compétition avec Valls, Macron, voire Hollande, c’est admettre que l’on peut être défait et que l’on peut se retrouver à coller des affiches pour l’un d’entre eux. C’est donc considérer que les oppositions ne sont encore que des divergences, et qu’au fond la loi El Khomri, malgré ses « défauts », n’est pas en contradiction totale avec l’histoire sociale et les principes de la gauche. Ce n’est évidemment pas notre avis.

C’est donc bien de définition du périmètre de la gauche qu’il s’agit. La question du degré de divorce avec l’exécutif ne se pose d’ailleurs pas seulement à Arnaud Montebourg. Elle se pose aussi aux communistes et aux écologistes. À supposer qu’il aille loin sur les chemins escarpés de la campagne présidentielle, le candidat Montebourg gênera bien sûr François Hollande, dont la stratégie était « personne entre moi et Mélenchon ». Mais il gênera aussi, et peut-être plus encore, Mélenchon. Le fondateur du Parti de gauche n’a d’ailleurs pas tardé à réagir dans un entretien au Journal du dimanche. Plutôt diplomatiquement d’abord, avec un hommage au talent de l’ancien ministre de l’Économie. Plus véhémentement ensuite, en pointant sa « versatilité ». Un reproche auquel le trop vague discours de Montebourg au mont Beuvray n’aura pas répondu. Son anaphore en douze points destinée à définir la gauche avait des allures d’auberge espagnole. Quant aux mânes convoqués de Mitterrand, de Bourdieu, de Roosevelt et de Colbert, ils ne nous disent rien des intentions du futur candidat.

Les électeurs de gauche auront rapidement besoin d’en savoir beaucoup plus sur ce « projet alternatif pour la France » promis par l’ancien ministre. On sait notamment Montebourg en délicatesse avec l’écologie. Est-il toujours partisan du gaz de schiste ? Et du nucléaire ? Mais une inconnue lui échappe - comme d’ailleurs à tous les candidats -, qui risque de troubler les plans les mieux établis. C’est évidemment le climat social d’une extrême volatilité. La mobilisation contre la loi El Khomri prend ces jours-ci une autre tournure. Celle d’une conjonction de mouvements en apparence catégoriels.

Les dégâts que ce texte provoquerait sont tels que tous les salariés ont à y perdre. Et François Hollande a soufflé encore un peu plus sur les braises mardi matin sur Europe 1. « Je ne céderai pas », a-t-il lancé, bravache, non sans ajouter contre toute évidence que cette loi « a été discutée, concertée, corrigée, amendée ». Ce n’est pas ce que les Français avaient cru comprendre… Mais le chef de l’État est décidément en plein déni de réalité. Interrogé sur l’état de la gauche, n’a-t-il pas affirmé au cours du même entretien qu’il n’y a pas d’alternative « en dehors du gouvernement » qui puisse permettre d’« accéder au second tour de l’élection présidentielle » ? Pas d’alternative ? Le pronostic est un peu prématuré. Mais le cocasse dans cette affaire, c’est le « en dehors du gouvernement »…


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