Qui sont les participants de Nuit Debout ?

Chercheurs et étudiants ont mené l’enquête place de la République. Le sociologue Geoffroy Pleyers analyse les résultats.

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Un parisien de 36 ans situé politiquement à gauche, diplômé et au chômage. Voilà, à gros traits, le portrait tracé par une trentaine d’enquêteurs, chercheurs et étudiants en sciences sociales, du militant de Nuit Debout. Pendant cinq soirées en avril, le groupe #SciencesDebout a rempli 500 questionnaires individuels sur la place de la République à Paris où se réunit depuis le 31 mars le mouvement citoyen né notamment de l’opposition à la loi Travail.

Pour le sociologue Geoffroy Pleyers, chercheur au Collège d'études mondiales et à l’université de Louvain, qui suit le mouvement depuis le début, l’intérêt de l’étude réside d’avantage dans la manière dont elle a été réalisée que de ce qui en résulte : 

Il y a des gens qui sont plus enclins à répondre aux questionnaires que d’autres. Les libertaires, par exemple, qui refusent toute contrainte organisationnelle et institutionnelles ne répondront pas. Pourtant ils sont nombreux à Nuit Debout.

Les sondages ont été effectués entre 17h et 22h30, pendant la tenue de l’Assemblée générale. Une erreur pour le sociologue : « Le cœur du mouvement ne se situe pas au moment de l’Assemblée générale mais autour des commissions. C’est là où se joue vraiment Nuit Debout ».

Jeune, diplômé et au chômage

Selon l’étude, le participant type aurait en moyenne 36 ans. « Derrière cette moyenne d’âge se cachent en fait trois groupes : les jeunes qui rejettent l’engagement politique sous toutes ses formes, ceux qui sont actifs politiquement et qui parlent au nom d’un syndicat, et les plus âgés qui ont plus de temps pour être mobilisés », nuance Geoffroy Pleyers.

Le sondage fait également état d’une surreprésentation masculine puisque deux-tiers des interrogés sont des hommes : 

Les femmes sont peut-être moins nombreuses mais elles sont souvent, à mon sens, les plus actives. C’est le cas pour la commission international ou écologie, par exemple, où elles sont très impliquées.

Une question qui a récemment fait débat place de la République au sein de la commission féministe qui avait révélé, entre autres, que les femmes prenaient moins la parole que les hommes en Assemblée générale.

Le participant de Nuit Debout est aussi diplômé. 61% des sondés ont fait des études supérieures longues, contre une moyenne nationale de 25%. Seulement 24% des interrogés sont ouvriers ou employés. « On trouve dans la plupart des commissions beaucoup de doctorants ou de jeunes chercheurs qui rédigent leur thèse », commente Geoffroy Pleyers. Ils présentent également un taux de chômage de 20%, le double de la moyenne nationale. Appelés par certains les « intellos précaires », cette catégorie de diplômés au chômage constitue un vrai groupe social théorisé en 2001 par Anne et Marine Rambach dans leur essai L__es Intellos précaires (Pluriel). Pour le sociologue, cette « classe créative » est le vivier du mouvement social : « C’est lié à ce qu’on appelle la "disponibilité biographique". Ils ont du temps pour s’engager puisqu’ils n’ont pas de travail, l’insertion sur le marché du travail étant très difficile et qu’ils n’ont souvent pas encore de responsabilité familiale. »

Un mouvement de gauche

90% des sondés viennent de la région parisienne et 63% vivent à Paris, en particulier dans les arrondissements de l’Est, plus ancrés à gauche. Une préférence politique appuyée par les références évoquées par les participants lors du sondage : Pierre Bourdieu, le film «Merci Patron!», Marx, Mère Teresa, Coluche ou encore Bob Marley. Des participants qui prennent tout de même leurs distances avec les institutions politiques de gauche dont ils se méfient. Seulement 17% des personnes interrogées ont dit avoir déjà adhéré à un parti politique, 22% à un syndicat tandis que plus de la moitié affirment avoir déjà eu une activité associative ou caritative. « J’insiste sur le fait que ce mouvement n’est pas apolitique mais non partisan. Oui, les gens qui sont ici sont de gauche. Mais ce sont des déçus de la politique de la gauche au pouvoir qui refusent l’alternative proposée par l’extrême droite », analyse Geoffroy Pleyers.


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